Le rôle crucial de la diaspora

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Si Marise Savre, émigrée dans le New Jersey, n'a pas réellement besoin d'envoyer de l'argent au pays ? ses cousins, ingénieurs ou enseignants, vivent modestement mais mangent à leur faim en Haïti ?, nombreux sont ceux qui forment une véritable chaîne vitale avec leurs proches restés dans l'île. De New York à Miami, de Montréal à Paris, plus d'un million d'Haïtiens émigrés ont ainsi envoyé 1,8 milliard de dollars à leurs familles en 2008, équivalant à près d'un quart du PIB de l'île. En 2004, les flux avaient même correspondu à la moitié de la richesse nationale ! Pour de nombreux pays en développement, et Haïti est l'un des plus pauvres du monde, ces envois d'argent représentent une source essentielle de devises, parfois même la première. Les fonds de la diaspora haïtienne équivalent en outre au double de l'aide au développement fournie par les pays riches et dépassent largement les investissements directs étrangers. Certes, ces fonds servent avant tout à la consommation quotidienne et ne participent pas vraiment au développement structurel du pays. Mais ils ont un avantage, que reconnaissent les Nations unies : ils sont moins sujets aux aléas politiques que les investissements étrangers, évoluant, eux, en fonction de la confiance des investisseurs. Or entre coups d'État et crises institutionnelles, l'île est loin de rassurer?Le rôle de la diaspora est donc crucial. Selon une étude de la Banque Interaméricaine de Développement (BID), en 2007, la moitié environ de tous les Haïtiens restés au pays avaient au moins un membre de leur famille vivant à l'étranger. Et 31 % des foyers recevaient 150 dollars en moyenne par mois de l'étranger.réfugiés privilégiésL'émigration n'est pas un phénomène nouveau pour Haïti. Du temps de la dictature des Duvalier, nombreux sont les membres de la classe moyenne qui ont quitté le pays, fuyant la pression exercée par le pouvoir et ses « tontons macoutes ». L'île est d'ailleurs le pays qui « exporte » le plus de main-d'?uvre qualifiée au monde. Puis les crises migratoires, de nature économique mais sur fond de chaos politique, se sont succédé. Ces dernières années, c'est surtout vers les États-Unis que les Haïtiens se sont dirigés, même si Washington a toujours, pour des raisons politiques, privilégié l'accueil des Cubains, réfugiés d'une île communiste. Dans le sillage du tremblement de terre, l'administration Obama a annoncé qu'elle offrirait des visas de travail temporaires aux clandestins ? qui ne peuvent de toute façon pas être renvoyés en Haïti actuellement. Et si elle se démène pour venir en aide à l'île, c'est aussi parce qu'elle redoute une nouvelle crise migratoire.

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