« Il faut sortir d'une vision caritative de l'aide »

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Serge Michailof, ancien directeur à la banque mondiale (*)Vous affirmez dans votre livre (*) que les chiffres de l'aide française sont bidonnés...En fait, c'est le concept même de l'aide publique au développement élaboré par l'OCDE qui est un indicateur fourre tout. La France, comme de nombreux pays, exploite au maximum cette définition extensive de l'aide si bien que le thermomètre ne signifie plus grand-chose. Sur les 8,5 milliards d'euros comptabilisés comme de l'aide en 2009, on retrouve 2,4 milliards d'euros d'annulation de dette, 900 millions d'euros destinés à financer la scolarité d'étudiants étrangers, 380 millions d'euros pour Mayotte, Wallis et Futuna, soit des territoires français, mais aussi des frais de recherche pour 320 millions d'euros. La moitié de l'aide française ne correspond pas à ce que l'on peut considérer comme une aide effective. Vous regrettez également que la France fasse appel aux bailleurs multilatéraux ? Historiquement l'aide a d'abord été un instrument de lutte contre le communisme puis d'accompagnement de la décolonisation. Depuis la fin de la guerre froide, la légitimité de l'aide est devenue caritative. Or on oublie qu'elle est aussi un instrument de politique étrangère et qu'elle doit répondre aux préoccupations des pays développés: lutte contre le réchauffement climatique, stabilisation des états faillis... Que voulez-vous dire ? Des Etats qui implosent comme l'Afghanistan ou la Somalie constituent des maux publics mondiaux. Or, la France, qui n'hésite pas à envoyer des troupes dans ces pays, n'a pas trois sous à mettre sur la table pour participer à leur reconstruction. Sur 8,5 milliards d'euros d'APD, la France compte moins de 250 millions d'euros par an de subventions bilatérales (confiés à l'Agence Française de développement). Pour une raison simple : 90 % des moyens financiers en termes de dons ont été confiés à des institutions multilatérales comme les agences des Nations unies, la Banque mondiale ou le Fonds européen pour le développement (Fed). Or, la France pèse peu sur l'action de ces institutions. Transférer la quasi totalité de notre aide à des bailleurs multilatéraux revient à céder notre politique étrangère à la Banque Mondiale ou à Bruxelles. Propos recuEillis par Xavier Harel (*) « Notre maison brûle au Sud, que peut faire l'aide au développement », de Serge Michailof et Alexis Bonnel. Fayard, mars 2010.

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