Cette triple crise économique, morale et politique qu'affronte François Hollande

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François Hollande ne cesse de le répéter : il a le cuir dur. Il savait que devenir président n\'était pas une sinécure, il s\'était préparé. Certes, celui qui occupe l\'Elysée depuis quasiment un an connaissait la conjoncture économique du pays passablement dégradée. Il savait aussi qu\'il faudrait patienter pour amorcer le redressement.Durant sa campagne, il avait expliqué que les deux premières années du quinquennat seraient les plus difficiles, marquées par des mesures impopulaires mais nécessaires au rétablissement des comptes publics. Entièrement accaparé par les questions économiques, François Hollande n\'a donc pas bien évalué la détérioration du climat ambiant, symbolisée par « l\'affaire Cahuzac ». Lui qui rêvait d\'un pays apaisé et d\'une République exemplaire, c\'est raté.L\'amalgame des mécontentements est en passe de se produirePire, il se trouve confronté à ce que redoute le plus un président de la République en exercice : le mélange des mécontentements qui risque de créer un amalgame très dangereux. Or, tous les ingrédients sont là. La crise économique et sociale, bien sûr, avec son cortège de chômeurs. A cela vient s\'ajouter la défiance à l\'endroit du pouvoir politique. Certes, depuis l\'instauration de la IIIe République, il y a toujours eu une frange de Français pour considérer les élus et les gouvernants comme « tous pourris »... Mais quand l\'ancien ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, avoue ses mensonges après des semaines de déni, cela apporte de l\'eau au moulin.Troisième ingrédient qui commence à préoccuper la majorité socialiste : la radicalisation et la longévité du mouvement des opposants au mariage pour tous, de plus en plus clairement noyauté par des mouvements ultraconservateurs. Les ministres sont invectivés, bloqués dans leurs déplacements et les prochaines manifestations peuvent dégénérer...Une majorité remuanteAutant d\'éléments qui rendent la situation anxiogène. Et cerise sur le gâteau pour François Hollande, il doit aussi gérer une fronde politique. Sa (trop) large majorité à l\'Assemblée est remuante. Or, comme disait Michel Rocard, il est plus facile de gérer une majorité resserrée car moins encline à la rébellion. Dans la ligne des trois ministres Arnaud Montebourg, Cécile Duflot et Benoit Hamon, une trentaine de députés n\'ont pas hésité à demander un infléchissement de la politique économique vers moins « d\'austérité » Et pour ne rien arranger, François Hollande et le gouvernement doivent ferrailler sur leur gauche avec le leader du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, qui ne désarme pas et qui ne trouve « rien de bon » dans l\'action de ses anciens camarades du Parti socialiste...« Aller au bout de l\'exemplarité »Alors que faire ? Déjà, tenter à toute vitesse de briser ce processus d\'amalgame qui est en passe de se former entre les tenants de revendications politico-sociétales (les antis mariage pour tous), les désespérés de la crise (que peuvent penser les salariés d\'Arcelor Mittal de Florange dont les hauts-fourneaux ont été éteints le 15 avril ?) et les adeptes du « tous pourris ». Sur ce dernier point, François Hollande a apporté une première réponse en jetant en pâture au grand public le patrimoine de ses ministres. Puis, après le vote d\'un projet de loi examiné le 24 avril, viendra le tour des parlementaires et des grands élus des collectivités locales.Pas sûr que cela change grand-chose mais comme le dit la porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem : « Si on veut purger ce drame, il faut aller au bout de l\'exemplarité. Nous n\'avons pas le choix ». Il faut aussi en finir d\'urgence avec le projet de loi sur le mariage pour tous, promesses électorale du Président. Dans quelques mois, cette réforme sera rentrée dans les mœurs. On l\'a vu dans la très catholique Espagne. Surtout, le président de la République doit considérablement resserrer les rangs dans sa majorité et son gouvernement. Certes, il ne peut pas procéder à un remaniement en pleine crise, ce serait faire le jeu de l\'opposition. Mais l\'on sait que l\'Elysée réfléchit à un schéma de gouvernement plus restreint dont ne seraient d\'ailleurs plus membres quelques poids lourds de l\'actuelle équipe qui ont déçu.Affirmer définitivement les choix économiquesMais, avant cela, François Hollande doit trancher dans ses choix économiques... Comme François Mitterrand l\'avait fait (difficilement) en 1983 en privilégiant l\'option de la rigueur, défendue par Jacques Delors, au dépens du choix de « l\'autre politique », - avec la sortie du système monétaire européen (SME) -, prônée par Jean-Pierre Chevènement. En 2013, c\'est la même chose. Soit le président lâche officiellement sur ses objectifs de réduction de déficit, soit il garde ce cap. Dans cette dernière hypothèse, il doit véritablement imposer le silence aux membres de son gouvernement qui milite pour « moins d\'austérité ».Faire œuvre de pédagogie et d\'autoritéIl faut aussi que François Hollande fasse davantage œuvre de pédagogie pour expliquer sa politique économique aux Français... Lui qui voit en Pierre Mendes France une référence ! Jusqu\'ici, il n\'y est pas parvenu dans ses interventions télévisées. Or, c\'est peut-être ce qui marque le plus les Français. Ils ne comprennent pas « où l\'on va » et ont l\'impression que la majorité socialiste mène finalement une politique dans la droite ligne de la majorité précédente.Il n\'y a pas eu de « rupture » dans le mode de communication. Qui connaît le pacte de compétitivité et le crédit d\'impôt compétitivité emploi (CICE) ? Qui pour expliquer « le choc » fiscal de plus trente milliards d\'euros décidé en 2013 et ses « clés » de répartition entre les entreprises et les ménages ? Qui pour faire comprendre la difficulté du dialogue avec Angela Merkel ? Qui pour dire qu\'après 52 mois de hausse continue du chômage il n\'est pas possible d\'inverser immédiatement la courbe avec une croissance atone et une population active qui augmente encore « naturellement » de 120.000 personnes par an ? Un présidence « normale » n\'exclut pas une affirmation d\'autorité. En fait, jusqu\'ici, François Hollande semblait ne pas avoir encore choisi entre un rôle de président arbitre qui laisse son Premier ministre gouverner et celui de chef d\'équipe à la pointe de l\'action. Sa forte réaction pour moraliser enfin la vie politique semble indiquer qu\'il penche désormais pour le second rôle. Il y aura au moins eu un aspect positif à l\'affaire Cahuzac.

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