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Davor Komplita, psychologue spécialiste des troubles liés au travail : « Le burn-out relève de la perte de dignité de l'être humain »

La Tribune

Publié le 17 avril 2011 à 19:22 - Mis à jour le 17 avril 2011 à 19:22

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06 juin 2026

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STRONG>Vous traitez à Genève des urgences psychiatriques de « malades du travail », que constatez-vous ?Les nouvelles formes d'organisation du travail s'évertuent à mobiliser et à s'approprier la subjectivité des collaborateurs et ce, à tous les niveaux de la hiérarchie. La culture du résultat, des chiffres, de la performance, de la gestion des projets et des évaluations, se développe dans une rupture croissante avec la réalité du travail humain. Cette tension est hautement pathogène pour les individus qui, quant à eux, se confrontent en permanence aux résistances de la réalité. Lorsque je reçois un nouveau patient, il n'est souvent plus en état de rétablir le dialogue. C'est trop tard. Mieux vaut un méchant divorce qu'un fort burn-out. Je découvre des pathologies que je ne voyais pas il y a quinze ans. À l'époque, quand cela n'allait pas, on changeait d'emploi. Le deuxième constat est quantitatif : un tiers de nos consultations spécialisées sont en lien avec la souffrance au travail. Et la moitié des arrêts maladie à Genève en découlent. On ne peut donc plus parler d'un élément anecdotique. Troisième constat : nous sommes tous comme des aveugles autour d'un éléphant, à le palper pour comprendre ce que nous voyons. Le travail n'est pas simple à décrire et à appréhender car beaucoup d'éléments dépendent de la taille de l'entreprise, de son univers. Mais il y a des invariants : l'isolement, l'absence de dialogue, d'où des conflits.Quels sont les symptômes ?C'est comme lorsque vous êtes coincé dans les embouteillages. On s'habitue au fait d'avoir une boule au ventre en venant travailler le matin, à être inquiet à la perspective d'entrer en réunion, et on finit par tirer la sonnette d'alarme de plus en plus tard. Parfois, l'état de délabrement des personnes est tel qu'elles sont d'emblée mises en invalidité. C'est lié à la nature psychopathologique du burn-out. Scientifiquement, il a été prouvé qu'un cerveau soumis à un stress permanent et continu entre dans l'inhibition. Le cerveau est à ce point rétréci qu'il tombe en panne. C'est un traumatisme réel. Résultat : la convalescence est beaucoup plus longue qu'il n'y paraît. C'est un profil nouveau de dépression car il est sans affect. Rien à voir avec un chagrin d'amour. J'appelle cela un chagrin d'honneur car il relève de la perte de dignité de l'être humain.Qui sont les plus vulnérables ?Ce sont les quadras et les quinquas qui ont intégré les valeurs du travail car leur dignité se joue là. Sans compter l'imposture qu'ils vivent d'être évalués individuellement lorsque leur travail est collectif. Ceux-ci n'ont aucun anticorps pour lutter contre le mal. Mon rôle est de les aider à prendre de la distance par rapport à cette notion de « travail bien fait » qu'ils ne peuvent plus exercer à cause des multiples contraintes dans lesquels ils sont pris. En revanche, les générations X, Y et Z (de 18 à 35 ans) ont non seulement des anticorps mais aussi des antidotes.Lesquels ?Le portable ! Avec, ils ne sont jamais séparés. Et n'importe quel entretien inique a des chances de se retrouver sur Youtube. Les solidarités perdues au travail sont en train de se recréer dans la virtualité. Les choses vont changer car les jeunes générations ont moins peur et sont moins naïves. Exactement comme ceux des pays arabes. Mais la « conflictualité » pose encore aujourd'hui un problème parce que ce symptôme est mal pris en compte.Vous proposez une solution d'un genre nouveau : l'arbitrage...Il s'agirait d'instituer une « justice de paix dans l'entreprise » par le biais d'un arbitre qui instruit les situations et peut investiguer les problèmes. On a trop tendance à « pathologiser » les conflits, c'est-à-dire à considérer que si les gens vont mal, c'est qu'ils sont malades et qu'il ne s'agit pas de douleur au travail. C'est un déni de la réalité. De surcroît, lorsque l'on aide une entreprise à soigner ses individus sans toucher au système, on transporte le blessé ailleurs, qui une fois guéri reviendra se faire contaminer par le système. Il faut soigner l'organisation par le dialogue sur le travail, le management, les politiques et la stratégie. L'objectif est de mettre en place une écologie du travail en récompensant les travailleurs par de la considération et du temps. C'est par cette capacité à établir une nouvelle relation que les individus pourront renouer avec le travail.Propos recueillis par Sophie Péters

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