Scénario 2  : la sortie d'un pays et l'éclatement de l'euro

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Et si l'euro éclatait ? Hier vue comme une lubie, l'hypothèse de la sortie d'un ou de plusieurs des membres de l'union monétaire commence à prendre corps. Elle a été évoquée par des Américains, comme l'économiste Nouriel Roubini, le conseiller de Barack Obama Paul Volcker, et le Prix Nobel Joseph Stiglitz, qui affirmait début mai que « si l'Europe ne règle pas ses problèmes institutionnels, l'avenir de l'euro sera peut-être très bref ». Enfin, Nicolas Sarkozy ayant lui-même, si l'on en croit les confidences du leader espagnol Zapatero, menacé de sortir de l'euro si Berlin n'acceptait pas le plan de sauvetage, la fin de l'euro n'est plus mentionnée comme une boutade, mais comme une possibilité.Ni le traité de Maastricht, ni celui de Lisbonne ne prévoient de procédure de sortie de l'union monétaire. Est-elle pour autant « juridiquement impossible » ? Non. Fin 2009, un article de la BCE concluait qu'un retrait volontaire de la zone euro par un de ses membres, comme l'expulsion de l'un d'entre eux par les autres, étaient en fait possibles. En négociant sa sortie de l'Europe, un pays membre sortirait de facto de la zone euro. Tout traité politique peut toujours être cassé par une décision politique souveraine. On le voit à l'occasion des guerres ou lors de la scission d'un pays, comme ce fut le cas pour l'éclatement de la République tchèque en 1992, ou lors de la « déroublisation » des satellites de l'URSS en 1991.Si un État membre décidait de sortir de l'euro pour relancer son économie, que se passerait-il ? « Si la sortie se faisait de façon ordonnée avec des pays européens qui lui laissent le temps, il devrait recréer une monnaie locale, dit Gilles Moec, de la Deutsche Bank. Mais s'il agit d'estampiller ses billets en euros d'un tampon de sa banque centrale, sa nouvelle monnaie aura le plus grand mal à s'imposer, d'autant que les ménages des pays proches de la sortie thésauriseraient leurs euros. » « Tous les débiteurs publics et privés du pays, aujourd'hui endettés en euros, se retrouveraient de facto en défaut de paiement et n'auraient plus accès aux marchés financiers, dit Agnès Bénassy-Quéré, directrice du Centre d'études prospectives et d'informations internationales... sauf à accepter de leur payer des taux prohibitifs. »dévaluation brutale En clair, précise Patrick Artus, « on n'est pas aujourd'hui dans la situation de 1992, lorsque l'Angleterre, l'Italie et l'Espagne ont choisi de dévaluer leur monnaie contre le mark allemand. Ils avaient alors pu abaisser leurs taux d'intérêt et faire ainsi repartir leur économie. Mais, cette fois, poursuit l'économiste de Natixis, la sortie de l'euro d'un pays attaqué se traduirait immanquablement par une dévaluation brutale de sa monnaie et une flambée des taux exigés pour financer ses déficits. Le coût serait plus élevé que l'avantage de la dévaluation. » « La sortie de la Grèce de l'euro rendrait mécaniquement son État insolvable », résume Jean-Paul Fitoussi, de l'OFCE.Mais le sortant ne serait pas le seul à payer. Pour ceux qui resteraient aussi, le coût serait immense, dit Agnès Bénassy-Quéré. « Si un État sort aujourd'hui, d'autres sortiront demain. En clair, l'euro redeviendrait un système monétaire européen fait de changes fixes mais ajustables. » Ce serait bien la fin de la confiance dans l'euro. « Voilà pourquoi, conclut Gilles Moec, c'est inenvisageable pour un petit pays. » « Voilà pourquoi, précise Jean-Paul Fitoussi, la solidarité est la seule voie possible pour l'Europe. » Valérie Segond

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