Changes  :  l'Europe tient la chandelle

 |   |  426  mots
Ceux qui annoncent, réjouis, la fin de l'hyperpuissance américaine dans un monde désormais multipolaire feraient bien de se souvenir du célèbre adage de la littérature rose : « Quand il y a trois personnes dans un ménage, mieux vaut ne pas être le troisième. » En témoigne le petit jeu auquel se prêtent les États-Unis et la Chine sur le dos de la zone euro : la chute actuelle du dollar contre toutes les monnaies sert à l'évidence les intérêts de la Chimerica, cette économie globale décrite par l'économiste Niall Ferguson, dans laquelle les Chinois produisent ce que les Américains consomment, et prêtent à ces derniers autant que nécessaire pour qu'ils continuent à le faire. Au moment décisif où le commerce mondial redémarre, cette baisse de la monnaie américaine, à laquelle le yuan chinois est à nouveau lié par une parité fixe depuis juillet 2008, vient fort opportunément soutenir les machines exportatrices de la Chine comme des États-Unis. Pour les économies de la zone euro, c'est un drame. On l'a bien vu entre 2002 et 2008 : quand l'euro s'apprécie, les entreprises européennes perdent mécaniquement des parts de marché, tant à l'export que sur leur marché intérieur. Les vingt-sept chefs d'État, réunis hier soir pour définir la position européenne lors du G20 de Pittsburgh, l'ont-ils seulement évoqué ? Bien que tous s'alarment en privé de cette remontée de l'euro, tout le monde s'est aligné sur un « silence radio » ! Le G20 devait être l'occasion d'évoquer les vrais problèmes qui ont mené le monde au bord du gouffre ? On parlera un peu de bonus, beaucoup de fonds propres des banques d'investissement, mais toujours pas de ces satanées monnaies, sources des déséquilibres du monde. On savait que la politique monétaire de la Banque centrale européenne était sans effet sur le cours des monnaies, mais on espérait que l'émergence des nouvelles puissances finirait par limiter le rôle directeur du dollar roi. Mieux : on assurait que l'élection de Barack Obama ouvrirait une ère où chacun pourrait donner de la voix et être entendu. Un vrai G20, en somme. On découvre qu'affaiblie par la faiblesse de ses institutions, l'Europe peine à exister face à un G2 plus puissant encore que l'Amérique toute seule. Tout se passe comme si, dans ce ménage à trois, le troisième larron s'était décidément résigné à tenir la chandelle en silence. vsegond@latribune.fr Valérie SEgond

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :