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À quoi servent les économistes ?

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Publié le 18 février 2010 à 22:47 - Mis à jour le 18 février 2010 à 22:47

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Les économistes ont été vilipendés pour s'être montrés incapables de prévoir la grave crise économique et financière de 2007-2009, qui a plongé l'économie mondiale au bord du gouffre, et les griefs à leur égard sont multiples. D'abord, leur spécialisation excessive, car pour anticiper la crise, il eût fallu être à la fois un expert des marchés immobiliers et des marchés financiers, comprendre ce que les banques tramaient dans leurs comptes, nécessairement opaques, avec leur prolongation dans le « Shadow Financial System », apprécier la perversité des incitations données aux dirigeants et aux opérateurs financiers, etc.Les éléments explicatifs de cette crise se trouvent dans différentes disciplines de la science économique - finance, comptabilité, macroéconomie internationale, économie industrielle - et peu d'économistes les maîtrisent toutes. Ensuite, les incitations dans leur carrière universitaire, qui dépend de leur capacité à publier dans des revues scientifiques de haut niveau, dans des domaines de la recherche ne répondant pas nécessairement aux questions utiles à la politique économique.Les macroéconomistes ont été largement pris en défaut, mais on le comprend aisément quand on sait que leurs modèles ignorent la sphère financière. Les modèles d'équilibre général utilisés par les banques centrales ont échoué à prendre en compte les mécanismes d'amplification et les « esprits animaux » de la sphère financière. Et les macroéconomistes de jeter la pierre sur les économistes financiers, qui ont trop compté sur l'autorégulation des marchés et sur l'innovation financière pour stimuler l'économie et qui n'ont pas ou insuffisamment pris en compte dans leurs modèles les risques d'illiquidité et de contrepartie. Vantant les mérites de la diversification de portefeuille, ils n'imaginaient pas que toutes les classes d'actifs puissent s'effondrer simultanément.Les économistes auraient été trop complaisants vis-à-vis des milieux financiers, auraient donné une légitimité académique à tout un ensemble d'innovations financières à risque et apporté la caution de leur légitimité scientifique à certaines des dérives de cette industrie. La question se pose de la capture idéologique de l'analyse économique. Quant aux économistes de banques, leur carrière reposant sur les profits réalisés par les gestionnaires d'actifs et autres opérateurs de marché, il leur aurait été difficile de jouer les Cassandre.Mais ces critiques sont infondées. De plus en plus, les économies exhibent des équilibres multiples avec anticipations autoréalisatrices, ce qui rend très difficile le métier de prévisionniste. Au lieu d'évoluer progressivement d'un équilibre à l'autre, les économies contemporaines et les marchés financiers peuvent « sauter » brutalement d'un équilibre à un autre, non parce que l'environnement objectif de l'économie s'est transformé, mais parce qu'il y a eu simplement modification des anticipations, qui sont de ce fait autoréalisatrices.Tout de même, un certain nombre d'économistes avaient mis en garde contre la dégradation des fondamentaux macroéconomiques dès 2005 ou 2006, mais ils n'avaient pas été entendus. Et les économistes y sont sans doute pour quelque chose si la récession n'a pas tourné à la grande dépression, car ils ont tiré de cette « mère de toutes les crises » un certain nombre d'erreurs à ne pas commettre. Après tout, le commandant en chef durant la crise, le patron de la Fed, Ben Bernanke, était un universitaire reconnu comme le spécialiste mondial de la crise de 1929 !Cette crise aura au moins obligé les économistes à plus de recul mais aussi à plus de transversalité. Il ne s'agit certainement pas de jeter le bébé avec l'eau du bain, par exemple de mettre aux orties les mathématiques financières sous le prétexte des défis de la complexité financière, de la traçabilité des risques, de la valorisation des instruments. Mais l'économiste doit à la fois admettre qu'il ne possède pas à lui tout seul la clef de l'interprétation des comportements humains et reconnaître la responsabilité que lui confèrent la place renforcée, quoi qu'on en dise, de la science économique et les attentes qui en découlent inévitablement.(*) « À quoi servent les économistes ? », Les Cahiers du Cercle des économistes, sous la direction de Christian de Boissieu et Bertrand Jacquillat, PUF (Descartes & Cie), 15 euros. Point de vue JEAN-HERVé LORENZI, CHRISTIAN DE BOISSIEU ETBERTRAND JACQUILLAT (*)Membres du Cercle des économiste

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