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Frêche met le PS en mode primaire

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Publié le 18 février 2010 à 22:47 - Mis à jour le 18 février 2010 à 22:47

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« Je sens une sorte de vent révolutionnaire propre à déboulonner quelques statues. » Venu mardi en Languedoc-Roussillon soutenir les listes constituées par le maire socialiste de Montpellier, Hélène Mandroux, lancée à l'assaut de la forteresse Frêche, Arnaud Montebourg affiche la foi du charbonnier. Le secrétaire national du Parti socialiste (PS) à la rénovation était partisan depuis longtemps d'une offensive en règle contre le très dérapant président de région. En s'en prenant fin décembre à la « tronche pas catholique » de Laurent Fabius, principal allié de Martine Aubry à la tête du PS, Georges Frêche a fourni à la rue de Solferino l'occasion de rompre définitivement avec cet élu déjà exclu du PS en 2007 pour ses propos sur les harkis et les joueurs noirs de l'équipe de France de football. Et ce malgré le vote des militants PS de Languedoc-Roussillon, qui ont ratifié à une écrasante majorité les listes Frêche pour les régionales à l'automne.Mais dans ce vaste territoire, qui pèse son poids de 15.000 militants socialistes « encartés », la bataille des régionales des 14 et 21 mars n'est que le préambule d'une lutte encore plus âpre qui va se dérouler à l'occasion de la préparation de la présidentielle de 2012.Pour Georges Frêche, il n'y a en tout cas aucun doute. Interrogé il y a dix jours sur Canal Plus, l'élu a estimé que Martine Aubry l'utilisait « comme punching-ball pour sa campagne des présidentielles ». « Elle essaie de m'utiliser pour prendre de l'avance sur Dominique Strauss-Kahn (DSK), Ségolène Royal ou Hollande », a-t-il assuré avant de mettre en garde la première secrétaire du parti : lors des primaires pour désigner le candidat de 2012, Martine Aubry n'aura « plus aucune voix » socialiste en Languedoc-Roussillon. « Les socialistes de la région voteront Ségolène Royal, François Hollande ou Dominique Strauss-Kahn probablement », a-t-il assuré avant d'annoncer que, dès le lendemain des élections régionales, il entamerait un tour de France des fédérations socialistes pour faire une campagne « anti-Aubry ». La direction du PS nie bien évidemment tout lien entre le cas Frêche et les futures primaires. Pour Laurent Fabius, Martine Aubry « n'a pas fait un calcul » mais a décidé de « défendre des valeurs » face à un élu qui a su prospérer grâce à un mélange savant d'antiparisianisme et de clientélisme. Arnaud Montebourg refuse d'ailleurs de voir dans cette guerre fratricide une opposition entre Paris et une province occitane où le franc-parler politique serait mieux toléré. « La direction nationale du PS, ce n'est pas Paris, c'est la France », a-t-il tonné mardi soir, avant de reconnaître que « ce qui se décidera dans les urnes aura bien des conséquences pour la suite ».Pour l'instant, l'affaire semble bien mal engagée pour le PS. Un sondage OpinionWay réalisé pour « Le Figaro » et LCI créditait, mercredi, Georges Frêche de 31 % des intentions de vote au premier tour des régionales. Avec 6 % d'intentions de vote, Hélène Mandroux frôlerait le non-remboursement des frais de campagne et ne pourrait pas se maintenir au second tour. Le maire de Montpellier serait alors contrainte d'apporter son soutien à la liste Europe Écologie, créditée pour sa part de 12 % des intentions de vote. Socialistes et écologistes n'ont pas réussi à s'entendre pour constituer une liste d'union anti-Frêche, le PS refusant de céder la tête de liste au candidat écologiste Jean-Louis Roumégas.« Il y a les principes et il y a la réalit頻, constate un responsable du PS, qui reconnaît qu'à Solferino, on commence déjà à penser à la suite. À commencer par Martine Aubry, qui semble désormais peu pressée de tenir meeting aux côtés d'Hélène Mandroux. Sans parler de ceux qui, comme Pierre Moscovici, se sont dit prêts à voter Frêche en cas d'absence de liste PS au second tour et même à aller soutenir les militants pro-Frêche, comme l'ancien lieutenant de Ségolène Royal, François Rebsamen.Les « frêchistes » ont en effet été menacés de sanctions par la direction du PS. Pour Claude Bartolone, lieutenant fabiusien de Martine Aubry, « une cinquantaine de membres du PS alliés à Georges Frêche sont désormais en dehors du parti et ne pourront le réintégrer avant la présidentielle de 2012 ».« Avec Georges Frêche, on sait que maintenant c'est irrémédiable, il a été exclu du Parti socialiste, mais on sait qu'avec beaucoup de socialistes aujourd'hui qui le soutiennent encore, il faut poursuivre le dialogue et la compréhension », a tempéré l'ancien patron du PS, François Hollande. Et le maire de Lyon, Gérard Collomb, un des « barons » du PS, a estimé que Georges Frêche avait la « légitimité du vote des militants ». « Si effectivement la direction du Parti socialiste avait voulu que Georges Frêche ne soit pas candidat, c'était en septembre qu'il fallait le dire », a-t-il déclaré à l'AFP. Ségolène Royal, officiellementconcentrée sur sa propre campagne régionale en Poitou-Charentes, s'est bien gardée d'intervenir dans la polémique. Georges Frêche était l'un de ses principaux soutiens lors de la primaire de 2006 et de la bataille du congrès de Reims, en novembre 2008.L'ex-candidate de 2007 a déjà pu mesurer la force du front de ses opposants lors du duel qui l'a opposée à Martine Aubry pour l'élection au poste de premier secrétaire, fin 2008. Le « Tout sauf Ségolène (TSS) » demeure un ciment solide au PS. Mercredi sur France Inter, Laurent Fabius a ainsi assuré qu'il y aurait une entente entre lui-même, Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn pour les primaires. « Vous n'aurez pas Dominique Strauss-Kahn, Martine Aubry, Laurent Fabius. Il y aura une personne, [...] une unit頻, a dit l'ancien Premier ministre... se refusant bien sûr à confirmer la renaissance de l'axe anti-Royal ou à évoquer son éternel rival François Hollande, qui compte lui aussi tenter sa chance pour 2012.Arnaud Montebourg, en charge de la préparation des primaires, qui devraient se dérouler au printemps ou au plus tard à la fin de l'été 2011, relativise les calculs des uns et des autres. Pour le député de Saône-et-Loire, partisan d'un processus largement ouvert aux sympathisants de gauche, « l'affaire ne se joue plus au PS mais avec les gens, qui votent librement et pas en fonction des consignes » des barons du parti. Hélène FontanaudLa bataille fratricide entre socialistes dans le Languedoc-Roussillon préfigure le combat des primaires pour la présidentielle de 2012, qui va s'engager dès le lendemain des élections régionales de mars.« Les socialistes ici voteront Royal, Hollande ou DSK. »Le Parti socialiste compte cinq fédérations dans le Languedoc-Roussillon. Selon les sources, il y aurait environ 15.000 militants socialistes « encartés » dans la région, dont 4.000 à 6.000 pour l'Hérault, fief de Georges Frêche.Avec 70.000 militants, Paris, bastion de Bertrand Delanoë, est la première fédération de France, devant le Pas-de-Calais et le Nord (10.000 et 8.000 militants environ), acquises à Martine Aubry.Le PS compte environ 200.000 militants.

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