Capitalisme, libéralisme et démocratie

La crise a fait revenir les keynésiens sur le devant de la scène. Le chef économiste du FMI, Olivier Blanchard, ne vient-il pas de publier un « papier » sur la sortie de crise, appelant les gouvernements à ne pas désarmer trop vite leurs relances budgétaires et les banques centrales à envisager, certes temporairement, un objectif d'inflation plus élevé (4 % au lieu de 2 %) ? À tous ceux qui ont vu dans la crise la fin de la domination des monétaristes, on ne peut donc que conseiller la lecture (ou la relecture) de « Capitalisme et libert頻, de Milton Friedman, réédité ce mois-ci en français.Qu'on partage ou non les idées de Milton Friedman, décédé en 2006, il s'agit sans nul doute de l'un des ouvrages majeurs de la pensée économique moderne. Écrit en 1962, en réaction à la dérive interventionniste de l'État fédéral américain, ce petit livre offre une approche accessible des idées de celui qui fondera l'école de Chicago.Friedman a obtenu son prix Nobel en 1976 pour ses travaux sur la crise de 1929, dans lesquels il a cherché à démontrer la responsabilité des gouvernants de l'époque dans la transformation d'une crise cyclique en crise majeure, à cause d'erreurs de politique monétaire. Son analyse, totalement nouvelle, du lien entre inflation et chômage et du rôle des anticipations d'inflation, en a fait le père de ce qui deviendra la « révolution monétariste », avec Reagan et Thatcher, appliquée en France avec Bérégovoy et Trichet sous le vocable de « politique du franc fort ».Friedman a aussi introduit des innovation majeures, qu'il s'agisse de la théorie du revenu permanent dans l'examen des processus de consommation et d'épargne ou bien du concept de « capital humain ». Mais c'est surtout le philosophe social et politique que l'on redécouvre à la lecture de « Capitalisme et Libert頻. Pour lui, « la liberté économique est une composante de la liberté au sens large et est indispensable comme moyen d'obtenir la liberté politique ». Une position qui le fera assimiler aux libéraux, défenseurs du marché, pas forcément très à la mode aujourd'hui. Pourtant, il est loin de correspondre à la caricature ultralibérale qu'en font certains. C'est plus un économiste classique pour qui l'État est indispensable pour « définir et faire appliquer les règles du jeu ». D'ailleurs, c'est bien dans les défaillances de l'État régulateur américain et le laxisme du président de la Fed, Alan Greenspan, que se trouvent les sources de la crise actuelle.Keynésiens dans la crise, les économistes restent donc encore dans leur grande majorité des « friedmaniens ». Même si certains sont tentés par une solution inflationniste à l'hyperendettement, la BCE continue de professer l'orthodoxie monétaire et budgétaire. Le monde est toujours monétariste, au moins en pensée, sinon en acte.Philippe Mabille« Capitalisme et Libert頻, Milton Friedman, éditions Leduc, 316 pages, 15,90 euros.Friedman, Marx, Weber...

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