L'éditorial de Muriel Motte : Le signal de Bernanke
La Tribune
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C'est fait. La première étape de la « normalisation » de la politique monétaire américaine, le premier signal de la fameuse « exit strategy » tant annoncée, a eu lieu jeudi soir à Washington, avec le relèvement de 25 points de base (0,25 %) du taux d'escompte. Le geste est modeste mais le symbole est fort : Ben Bernanke, le patron de la puissante Fed, juge que les marchés financiers sont aujourd'hui suffisamment rétablis pour que les banques aillent s'y financer. Comme avant. En majorant son taux d'escompte, la Fed décourage les établissements de crédit de recourir au guichet de la Banque centrale qui fut pour eux, près de trois années durant, un exceptionnel et précieux fournisseur de liquidités. À son tour et à sa manière Ben Bernanke tourne enfin la page de la crise du subprime. Le dollar applaudit. Mais une crise en cache une autre. Celle qui frappe l'économie n'est pas terminée, même si les signes de réveil de l'activité se multiplient depuis quelques semaines. La Fed s'est donc immédiatement employée à rassurer des traders très nerveux, en précisant que son geste ne signalait « aucun changement dans les perspectives de l'économie ou de la politique monétaire ». Washington n'est pas prêt à couper les vannes d'une reprise sous perfusion ; ni à affoler des marchés financiers groggy après des chocs à répétition. Qu'ils se rassurent, le coût du crédit payé par les spéculateurs, les entreprises et les ménages restera historiquement faible pendant des mois encore. Au moins tant que l'Amérique comptera près de 10 % de chômeurs. Une hirondelle monétaire ne suffit pas à faire le printemps de l'économie.
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