Goldman Sachs, le diable de la finance

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Goldman Sachs est-elle à l'origine de tous les maux du monde? C'est en tout cas l'idée véhiculée autour de la banque depuis plusieurs mois. L'affaire des comptes truqués de la Grèce ne fait que renforcer ce sentiment. Il y a trois mois, le très sûr de lui patron de Goldman Sachs, Lloyd Blankfein, vantait encore les mérites de sa firme en assurant qu'elle permettait à ses clients et à ses banquiers de s'enrichir et de réaliser leurs ambitions. Ajoutant sans complexe qu'il accomplissait « le travail de Dieu ». Mais ces derniers jours, les pratiques de la banque qui trône sur le toit du monde financier suscitent de nombreuses interrogations. Maquillage des comptes« Ce serait un scandale si les mêmes banques qui nous ont poussés au bord du précipice, avaient aidé à falsifier les statistiques de la Grèce », a vigoureusement réagi la chancelière allemande, Angela Merkel, jeudi. La ministre française de l'Économie, Chistine Lagarde, est restée plus mesurée. « Il faut savoir si cela a été du maquillage de comptes et si cela a été légal ou pas à l'époque où cela a été fait », a-t-elle déclaré jeudi dernier. Et si ce montage était légal, « il faut s'interroger pour savoir s'il était propice pour la stabilité, probablement non, et dans ce cas-là, comment on peut éviter [...] que cela se reproduise ». Eurostat, l'office européen des statistiques espérait obtenir vendredi des informations de la Grèce concernant ces opérations, mais leur analyse prendra du temps, a déjà assuré son porte-parole. En tout cas, le recours à des produits dérivés a permis à des pays européens de se surrendetter. Concrètement, selon les presses allemande et américaine, en 2001, Goldman Sachs aurait aidé Athènes à masquer 1 milliard d'euros de dette en recourant à des swaps de devises. La banque a permis au pays de lever de la dette en devises, ensuite convertie en euros à un taux de change avantageux, lui permettant d'obtenir plus de fonds qu'elle n'en inscrivait dans ses comptes. Selon le « New York Times », les équipes de Goldman Sachs auraient de nouveau offert leurs services à la Grèce en novembre dernier, cette fois pour différer dans un avenir très lointain le coût du système de santé du pays... Créateur de bullesGoldman Sachs coupable d'avoir aidé la Grèce à falsifier ses comptes ? Le dieu de la finance semble s'être transformé en diable. La banque américaine était déjà accusée d'avoir fait fructifier le juteux marché des subprimes entre 2004 et 2006. Avant de s'en retirer massivement puis de parier sur sa chute en 2007, gagnant au passage plusieurs milliards de dollars. En 2008, elle a été soupçonnée d'avoir précipité la chute de sa grande rivale Lehman Brothers en vendant massivement à découvert des actions de la banque déchue. Cette-fois, l'« affaire » va au-delà du monde financier, puisqu'elle touche directement les États qui ont sauvé le secteur bancaire d'une faillite généralisée. Goldman Sachs suscite tous les fanstasmes. Nombreux sont ceux qui voient dans le leader mondial des marchés financiers un créateur de bulles qui les fait exploser, raflant deux fois la mise. Profiter du systèmeLe Royaume-Uni, le Portugal et l'Italie auraient également réalisé le même type de montage, mêlant ainsi d'autres grandes banques d'affaires comme Morgan Stanley, Barclays ou Lehman Brothers avant sa disparition. L'histoire ne dit pas encore si les États étaient bien conscients de profiter aussi du système. En France, plusieurs collectivités locales ont accusé des banques de leur avoir vendu des produits toxiques. Certaines, pour des raisons politiques, demandaient pourtant à leurs banques des produits plus rémunérateurs et donc plus risqués. N'oublions pas que la Grèce a souscrit nombre de ces produits à la fin des années 1990, juste avant d'entrer dans la zone euro, en 2001. Il lui fallait à l'époque assainir ses comptes à tout prix.

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