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Les résultats de Lafarge témoignent du basculement du monde

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Publié le 19 février 2010 à 21:18 - Mis à jour le 19 février 2010 à 21:18

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Le monde a basculé. Tout comme la veille Schneider Electric, Lafarge est un autre exemple du changement de paradigme de l'économie mondiale désormais tirée par les nouvelles économies. « Nos résultats sont le reflet du ralentissement économique dans les pays développés et de la bonne tenue des marchés émergents », a relevé, vendredi, à l'occasion de la publication de ses résultats, le PDG de Lafarge, Bruno Lafont. De fait, les marchés émergents ont généré l'an passé 77 % du résultat d'exploitation courant (Rex courant) de la branche ciment, l'activité coeur de Lafarge, à raison de 1,8 milliard d'euros sur 2,3 milliards. À l'inverse, l'Europe occidentale et l'Amérique du Nord n'ont apporté que 531 millions d'euros, leur contribution au Rex courant ayant chuté respectivement de 34 % et de 89 % ! Au plus bas depuis cinquante ansLa crise a, il est vrai, connu une ampleur inédite pour le monde de la construction. « Le marché résidentiel aux États-Unis est tombé au niveau le plus bas depuis cinquante ans, avec 600.000 logements mis en chantier fin 2009 alors qu'il s'en construisait 2,2 millions lors du dernier pic du secteur », a indiqué Bruno Lafont. L'immobilier résidentiel neuf s'est retourné en France tandis qu'« au Royaume-Uni, la demande de ciment a été la plus faible des cinquante dernières années », a-t-il ajouté. Les volumes de ventes de ciment ont ainsi chuté au global de 25 % en Europe et en Amérique du Nord quand ils augmentaient de 7 % dans les marchés émergents. Pour autant, « la demande mondiale de ciment a tout de même continué à augmenter en 2009, portée par les besoins du marché chinois et de nombreux pays émergents », a-t-il constaté. La branche granulats et bétons, plus liée aux marchés développés, a été plus affectée encore : son résultat d'exploitation courant a chuté de 69 % (contre ? 21 % pour la branche ciment).Stratégie d'expansion dans les nouvelles économiesBruno Lafont estime que ces tendances confortent clairement la stratégie d'expansion du groupe dans les nouvelles économies qu'il a menées depuis quatre ans. L'acquisition pour 8,8 milliards d'euros de l'égyptien Orascom avait constitué une étape majeure en ce sens. De fait, l'an passé, le premier cimentier mondial a réalisé 52 % de son chiffre d'affaires dans les nouvelles économies, contre 48 % sur les marchés développés. En 2008, la répartition était inversée à raison de 46 % contre 54 %. Une tendance qui devrait rester pérenne : 70 % des capacités cimentières du groupe sont situées en Amérique latine, en Europe de l'Est, en Afrique, au Moyen-Orient et surtout en Asie.Expansion au détriment des margesCette expansion ne s'est pas faite, selon le groupe, au détriment des marges, qui sont dans les pays émergents « convenables, voire élevées » : le directeur financier Jean-Jacques Gauthier met en exergue le maintien de la marge brute d'exploitation dans le ciment à plus de 30 %, « portée par la solidité des prix et l'effort payant de réduction des coûts » de 230 millions d'euros en 2009.Lafarge est par ailleurs parvenu à réduire sa dette de 3,089 milliards d'euros pour la ramener à 13,8 milliards en générant un free cash-flow libre en hausse de 34 %, à 2,8 milliards, et en réalisant 919 millions de désinvestissements. « Nous sommes revenus à une situation similaire à celle qui était la nôtre avant le rachat d'Orascom [qui avait entraîné le doublement de l'endettement net du groupe entre fin 2007 et fin 2008, Ndlr].Nous n'avons plus qu'une échéance d'un peu plus de 700 millions d'euros, liée à l'acquisition d'Orascom, à honorer en 2012 », a précisé Jean-Jacques Gauthier.Réduction de la detteSi cette réduction de l'endettement n'a pas manqué de satisfaire les marchés financiers, les résultats consolidés du groupe, inférieurs aux attentes avec un chiffre d'affaires en baisse de 17 %, à 15,88 milliards d'euros contre 16,4 milliards attendus et un résultat net, part du groupe, en baisse de 54 %, à 736 millions d'euros (à comparer à 1 milliard attendu), ont déçu les investisseurs. D'autant que le quatrième trimestre a été particulièrement mauvais avec une perte nette de 38 millions d'euros contre un bénéfice de 40 millions un an plus tôt. Bruno Lafont a invoqué en la matière tout à la fois des effets de change, de périmètre et la rigueur de l'hiver. Il a aussi expliqué que le groupe a comptabilisé sur la période près de 140 millions d'euros d'éléments exceptionnels, les deux tiers correspondant aux dépréciations qu'il inscrit habituellement à la fin de l'année, liées à certains actifs ciment en Europe occidentale.«La demande de ciment va repartir»À tout le moins, le groupe « aborde 2010 avec un certain optimisme parce que les perspectives s'améliorent. Elles restent contrastées, avec une stabilisation des pays développés et une poursuite de la croissance dans les pays émergents mais la demande de ciment devrait se répartir d'une façon plus équilibrée et surtout plus favorable aux positions de Lafarge », a précisé Bruno Lafont. Il a ajouté que « 2010 sera une année difficile globalement car nous resterons à des niveaux d'activité historiquement bas dans les pays développés ». Lafarge s'emploiera à améliorer sa situation financière puisqu'il compte réduire encore ses coûts de 200 millions d'euros et céder entre 300 et 500 millions d'euros d'actifs parmi les moins stratégiques de son portefeuille.

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