Les habits de l'austérité

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Lorsqu\'en 2010, l\'Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI) décidèrent de prêter de l\'argent à la Grèce, incapable de pouvoir emprunter sur les marchés internationaux en raison de taux rédhibitoires, le but était d\'arriver à l\'assainissement de ses comptes publics.Ce qui passait par la mise en place d\'une politique d\'austérité, très décriée depuis,  et même, curieusement, par les instances dirigeantes du FMI. Mais, paradoxalement, les experts de l\'institution qui inspectent dans le cadre des troikas certains pays ne relâchent pas leur pression. De toutes façons, l\'Allemagne tient le cap, au nom de l\'aléa moral.Des résultats moins désespérantsPourtant, après une deuxième aide et une restructuration de la dette souveraine, en passant par un régime de rigueur qui a mis la population à genoux, la Grèce peut commencer à afficher quelques résultats moins désespérants. Ainsi, selon la Banque centrale du pays, le déficit de la balance courante a été réduit de 73% en 2012, pour tomber à quelque 5,6 milliards d\'euros. Il n\'a jamais été aussi bas depuis l\'entrée du pays dans la zone euro.Surtout, cette balance se rapproche du point où elle deviendra positive, ce qui signifiera que la Grèce pourra commencer à rembourser sa dette. Le FMI y veille, c\'est même là sa principale mission. Cette spectaculaire baisse est évidemment dûe à des intérêts moindres sur une dette, dont les investisseurs privés ont effacé 75%, une baisse des importations (- 12% hors énergie) et une amélioration des exportations (+ 3,8%).Changement de culture dans les institutions étatiques Autre indicateur:  les prix à la consommation ont baissé pour la première fois depuis 1996. Mais c\'est surtout le changement de culture en cours dans les institutions étatiques qui est le plus spectaculaire et porteur d\'amélioration d\'un Etat malade de son clientélisme et de sa lourde bureaucratie. Ainsi, si l\'on en croit Antonis Manitakis, ministre grec de la Réforme administrative et de la e-gouvernance, les structures administratives auraient diminué de quelque 40 %, ce qui va entraîner une économie du coût du fonctionnement de l\'Etat de 12%. Par ailleurs, les effectifs dans la fonction publique devraient être réduits de 20% au terme de cinq ans.58 millions pour ne pas aller travailler chez la concurrenceCes temps d\'austérité et de vertu s\'étendent même jusqu\'en Suisse. Sous la pression de certains actionnaires, notamment de deux fondations, Daniel Vasella, patron du géant de la pharmacie, Novartis, va renoncer à toucher 72 millions de francs suisses, soit quelque 58 millions d\'euros. C\'était le prix de la clause par laquelle il s\'engageait à ne pas aller travailler chez la concurrence.L\'information relayée par les médias avait soulevé de vives critiques dans l\'opinion publique. L\'épisode a pris d\'autant plus d\'ampleur que les Suisses doivent se prononcer prochainement par vote sur un texte condamnant les rémunérations abusives. En réponse aux critiques, Daniel Vasella, faisant preuve de vertu, avait indiqué qu\'il s\'engageait à verser cette somme à des œuvres caritatives. Il n\'en sera rien.Au final, Novartis et son futur ex-patron ont purement et simplement renoncé à cet accord anti-concurrence. Daniel Vasella pourra ainsi aller travailler pour un autre laboratoire. Et les 72 millions de francs suisses restés dans la trésorerie du géant, voire versés en dividendes aux actionnaires.Où est l\'UMP ?En matière d\'austérité, en France, étrangement, ce n\'est pas l\'UMP, principal parti d\'opposition au gouvernement qui porte le fer. Les bisbilles internes visiblement focalisent l\'énergie de ses membres qui ne se remettent pas de la crise de légitimité entraînée par la contestation des conditions d\'élection de Jean-François Copé par son adversaire François Fillon.Aussi, on remarquera le rôle prépondérant joué ces derniers jours par le président de la Cour des Comptes, le socialiste Didier Migaud. Il ne cesse de prodiguer nombre de recommandations en matière de réduction de dépenses publiques, que la Commission de Bruxelles ou la chancelière allemande Angela Merkel n\'hésiteraient pas à soutenir. Bref, il fait oeuvre de pédadogogie, fort de son statut de père la vertu que lui confère son titre.Exercice de ventriloqueCertains commentateurs font déjà de Didier Migaud le vrai porte-parole de François Hollande. Cet exercice de ventriloque renforcerait encore l\'idée toujours bizarre de l\'incapacité de l\'exécutif français - l\'actuel comme le précédent - à dire aux Français que si la situation n\'est pas désespérée, elle est grave. Toujours cette peur de l\'austérité.

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