Le jambon chinois à la conquête de l'Europe

Après les vêtements et l'électronique, les Chinois nous vendront-ils bientôt leur charcuterie ? C'est en tous cas le souhait d'Agfeed, une des plus grosses entreprises chinoises spécialisées dans l'alimentation et l'élevage de porcs en batterie. La société, cotée depuis 2007 au Nasdaq américain, veut diversifier ses sources de capitaux en se lançant sur Alternext à Paris. « Nous faisons actuellement le tour de la communauté financière européenne, la française en particulier, très sensible aux sujets agroalimentaires et aux entreprises asiatiques », explique Van Garthner, administrateur indépendant d'Agfeed. En Chine, le porc est une denrée stratégique. Il représente déjà 63 % du total de la viande, et sa consommation devrait encore croître de 22 % d'ici à 2013. Depuis quelques années, le gouvernement a pris conscience de l'importance de sécuriser la filière pour éviter les épidémies. Or, 90 % des fermes chinoises spécialisées produisent encore moins d'une centaine de porcs. Impossible alors de faire tourner les inspecteurs. Du coup, l'État soutient fortement les entreprises comme Agfeed, engagée dans la concentration du secteur et sa modernisation. « Les capitaux étrangers permettent d'apporter les technologies occidentales, notamment la génétique moderne », se félicite Van Garthner. Rien à voir donc avec un Smithfield américain et ses 1,2 milliard de dollars de chiffre d'affaires, qui étend sa domination sur le monde en rachetant les sociétés locales en difficulté. séduire CarrefourAgfeed se concentre pour le moment sur son marché chinois et n'envisage des acquisitions qu'à plus long terme. Son chiffre d'affaires est encore modeste, 170 millions de dollars en 2009, mais sa croissance très rapide. « Nous faisions 36 millions il y a deux ans et nous devrions finir 2010 entre 215 et 225 millions », estime l'administrateur. Le tour de table européen doit lui servir à entrer dans une troisième phase de développement. Après la nourriture et l'élevage, développé depuis deux ans grâce au rachat d'une trentaine de petits acteurs locaux, Agfeed se lance dans l'abattage et le conditionnement, avec deux nouvelles usines à Dahua et XinYu dans le sud-est du pays. « Jusqu'à maintenant, on abattait encore les porcs devant le consommateur, mais les nouvelles grandes chaînes de supers et hypermarchés n'acceptent plus ces conditions d'hygiène d'un autre âge », commente Van Garthner. Agfeed veut donc séduire Carrefour et autre Tesco. D'abord en Chine, puis demain en Europe. Sophie Lécluse

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