Marine Le Pen perturbe le duel Sarkozy-DSK

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La presse n'avait d'yeux ce week-end que pour Dominique Strauss-Kahn, de passage à Paris pour une réunion du G20. Les commentateurs rêvent d'un duel entre Nicolas Sarkozy et l'actuel patron du FMI, champion des sondages, à l'élection présidentielle de 2012. Le combat tant attendu se décline parfois sur des modes surprenants, comme pour ce match imaginé entre deux « premières dames », Anne Sinclair et Carla Bruni. L'épouse de DSK triomphait de la femme de Nicolas Sarkozy (65 % contre 35 %) dans un sondage publié il y a quelques jours dans « Paris Match ».« Cherchez la femme » ? Voilà qu'une autre figure féminine vient perturber les scénarios élaborés à l'Élysée et chez les communicants de DSK. À quatorze mois de l'élection présidentielle, Marine Le Pen continue sa progression dans les enquêtes d'opinion.Un sondage CSA pour « Marianne » créditait vendredi la toute nouvelle présidente du Front national de 17 % des intentions de vote au premier tour de la présidentielle. Une autre enquête Ifop pour « France-Soir » a propulsé la fille de Jean-Marie Le Pen à 19 % ou 20 % des suffrages, selon que le candidat de gauche s'appelle DSK ou Martine Aubry. De quoi réveiller le spectre du 21 avril 2002, qui avait vu Jean-Marie Le Pen se qualifier pour le second tour de la présidentielle, au détriment du socialiste Lionel Jospin.Lors de la « vague rose » des régionales de 2004, François Fillon avait employé le terme de « 21 avril à l'envers » pour décrire le choc ressenti par la droite, écartée de pratiquement tous les exécutifs territoriaux. Difficile de savoir aujourd'hui si, pour la présidentielle de 2012, on s'achemine vers une répétition « à l'envers » ou « à l'endroit » du traumatisme de 2002...Les scores de premier tour des candidats de gauche et de Nicolas Sarkozy ne sont en effet pas enthousiasmants. En 2007, Nicolas Sarkozy avait atteint un score record - 31,18 % des voix. Il avait asséché le réservoir de Jean-Marie Le Pen avec une campagne tournée vers les classes populaires - discours sur la sécurité et le « travailler plus pour gagner plus ».Mais depuis quatre ans, les électeurs proches du FN se sont détournés du chef de l'État. Notamment en raison de la crise économique et sociale. Aux régionales de 2010, l'électorat populaire, dans le Nord-Pas-de-Calais mais aussi en Champagne-Ardenne, en Lorraine et en Franche-Comté, où l'on ne voit pas la sortie de crise annoncée par le gouvernement, a voté massivement pour l'extrême droite.Face à cette érosion de ses soutiens, Nicolas Sarkozy a choisi de mettre le cap à droite toute. Fin de l'ouverture à gauche lors du remaniement de novembre 2010 et réactivation depuis le discours de Grenoble, l'été dernier, des thèmes sécuritaires et identitaires.Dernière initiative en date, le lancement par l'UMP d'un débat sur la place des religions, notamment l'islam, en France. À la demande de Nicolas Sarkozy, une convention est organisée le 5 avril, a annoncé le patron de l'UMP, Jean-François Copé. Marine Le Pen a réagi avec gourmandise vendredi : « Encore un effort monsieur Copé ! Encore un petit débat, un petit bla-bla sur l'islam, la laïcité et je pense effectivement que nous pourrons terminer à la présidentielle à 25 % » des voix. « La dernière fois » que Nicolas Sarkozy « a utilisé cela, c'était pour le débat sur l'identité nationale et le Front national a fait 15 % aux régionales ! » a-t-elle lancé sur France Info.La ligne arrêtée par le chef de l'État suscite déjà la colère de l'opposition de gauche, qui l'accuse de jouer le jeu du FN. Au sein de la majorité, les « chiraquiens » Alain Juppé et Dominique de Villepin s'inquiètent. Le ministre de la Défense demande que le débat soit « maîtrisé » pour ne pas « déraper » et appelle à ne pas « stigmatiser » l'islam, qui est « la deuxième religion de France ». « Que voulons-nous ? À quoi jouons-nous ? » s'est insurgé Dominique de Villepin. « Nous avons eu le débat sur l'identité nationale, nous avons eu le débat sur la burqa, nous avons eu la question des Roms et nous avons aujourd'hui, au terme de tout cela, un FN à 20 % ! »Une autre question commence à agiter les réseaux sociaux et devrait mettre la puce à l'oreille des stratèges élyséens. Jacques Chirac, maître d'oeuvre du « cordon sanitaire » de la droite républicaine autour du FN, en dépit de quelques dérapages, avait réussi à rallier 82 % des voix face à Jean-Marie Le Pen en 2002. Nombreux sont aujourd'hui ceux qui, à gauche, tracent un signe égal entre Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen et se refusent à les départager.L'analyse

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