Quand le vieillissement bouleverse les mouvements de capitaux

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Souvent considéré comme un phénomène simple et univoque, le vieillissement est en réalité complexe avec des conséquences fondamentales sur la capacité de croissance des économies et sur les équilibres financiers internationaux. De fait, le vieillissement résulte de la combinaison d'au moins quatre évolutions : la baisse de la mortalité infantile, l'un des plus importants facteurs d'allongement de l'espérance de vie à la naissance, la baisse de fertilité des femmes, l'augmentation de la durée de vie des adultes en âge d'être actifs, et l'augmentation de l'espérance de vie des personnes âgées. Celle-ci recouvre à la fois la baisse de la mortalité au-delà de 65 ans et l'allongement de la durée de vie maximum autorisée à l'être humain. Ces différentes évolutions, qui contribuent à l'augmentation du poids des personnes âgées dans la population, ont cependant des conséquences économiques et financières extrêmement différentes, quand ce n'est pas opposées, selon les économies.On peut à cet égard distinguer trois phases dans la transition démographique. Dans la première, qui est dominée par la baisse de la mortalité infantile, l'épargne diminue car les enfants absorbent une part croissante des ressources des adultes. Cette phase correspond grosso modo à la situation des économies souvent qualifiées de « sous- développées ». L'Afrique est en train de sortir de cette phase. Dans la deuxième phase, dominée par la baisse de la fertilité des femmes et par l'allongement de la durée de vie des adultes actifs, l'épargne du cycle de vie augmente fortement, car la charge des enfants diminue tandis que la capacité des adultes à générer des ressources augmente. Le problème du financement des retraites apparaît alors, les personnes âgées appartenant à ces générations n'ayant pas pu accumuler d'épargne en raison de la charge des enfants. Cette phase correspond grosso modo à la situation des économies dites « émergentes », notamment asiatiques.Dans la troisième phase, dominée par l'allongement de l'espérance de vie aux âges extrêmes, l'épargne se ralentit puis diminue. Le problème du financement des retraites persiste car la plupart des ménages, individuellement ou collectivement, ont souvent mal anticipé et l'allongement de leur durée de vie à la retraite et les limites des systèmes de sécurité sociale. Cette phase correspond grosso modo à la situation des économies dites « avancées ». La combinaison de ces différents éléments va conduire à l'apparition de nouveaux déséquilibres internationaux centrés sur les capitaux longs. Dans les économies avancées, en effet, la combinaison de l'allongement de la durée de vie aux âges extrêmes, de l'accroissement des dépenses de protection vieillesse (retraite, santé et dépendance) et de la disparition des marges de manoeuvre financières absorbées par la crise devrait peser sur l'offre de capitaux longs. Ceux-ci devraient en outre avoir tendance à se réallouer vers les économies émergentes, offrant des taux de rentabilité plus attrayants en raison de la montée rapide des besoins d'équipement domestique. Dans ces économies émergentes, à l'inverse, la combinaison de l'accroissement des revenus, de l'anticipation progressive des conséquences de l'allongement de l'espérance de vie aux âges extrêmes, de l'absence de sécurité sociale et de la préservation de marges de manoeuvre financières suffisantes devrait soutenir l'offre de capitaux longs. Ceux-ci seraient attirés par ces rentabilités domestiques attrayantes.L'après-crise devrait se caractériser par une concurrence accrue pour attirer les capitaux longs. Du fait des caractéristiques du vieillissement dans les différentes parties du monde, les pays avancés sont moins bien placés dans cette concurrence que les économies émergentes, y compris l'Afrique pour laquelle l'aide internationale n'est décidément plus l'avenir. Si les pouvoirs publics des pays avancés ne réagissent pas rapidement par des mesures énergiques, notamment par une baisse des prélèvements sur les investissements longs, cette concurrence risque fort de peser lourdement sur la capacité de croissance de ces pays. La compétition pour les capitaux longs va en s'aiguisant et les économies qui ne feront pas l'effort nécessaire pour attirer ces capitaux sont probablement condamnées à voir leur niveau relatif de productivité chuter et les tensions sociales pour la répartition des richesses exploser.Par Philippe Trainar Group Chief Risk Officer de ScorMembre du Conseil d'analyse économique et du Cercle des économistes

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