Les trois fils de Noé

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« La démesure en fleurissant produit l'épi de la folie et la récolte est une moisson de larmes. » C'est par cette grave citation que l'avocat et historien Nicolas Baverez fait entrer le lecteur dans « Après le déluge », son analyse de la « grande crise de la mondialisation ». L'auteur, qui s'est forgé une réputation de « décliniste » après son livre sur « le déclin de la France », reprend les mêmes recettes. Décrire avec une précision chirurgicale une synthèse catastrophiste de la situation. Dramatiser les enjeux à la lumière d'une vision plutôt pessimiste, mais jamais fataliste, de « l'histoire universelle ». Brandir l'espoir enfin en décrivant les « trois stratégies » pour éviter le pire.Pour Baverez, cette crise est un « Pearl Harbor de la mondialisation », référence à la responsabilité de l'Amérique et au renversement du monde vers l'Asie. Une crise aux effets équivalents à une guerre et qui produit une rupture historique : déclin des États-Unis et de l'Europe, montée en puissance de la Chine. Une crise dont personne n'a encore vraiment tiré les leçons parce que l'on n'a pas encore compris les causes réelles du choc. La volonté de la sphère financière de revenir au monde d'avant l'inquiète, car le « capitalisme mondialis頻 est loin d'être guéri de ses déséquilibres et que le système démocratique a épuisé tous ses moyens de défense, avec un endettement public colossal et une opinion publique révoltée.Pour Nicolas Baverez, la crise « ne s'achèvera pas avec le retour de la croissance. Elle continuera à produire ses effets pendant de longues années », voire une ou deux décennies. Sa vision de la France reste sombre : notre « modèle économique » est en train de « s'effondrer » : désindustrialisation, perte de compétitivité, déficits, « euthanasie » du secteur privé. Visiblement, Nicolas Sarkozy au pouvoir ne l'a pas fait changer d'opinion sur le sort qui nous est réservé.Pour finir sur une note optimiste, l'essayiste cite Montaigne : « Notre bien comme notre mal ne tient qu'à nous. » Tels les trois fils de Noé, Sem, Cham et Japhet, qui seraient à l'origine de l'ensemble des peuples de la terre, Nicolas Baverez propose, comme il se doit, trois stratégies pour après le déluge : la régulation de la finance, le libre-échange et la croissance verte. Et trois scénarios possibles : le blocage dans une crise style années 1930 ; la relance dans un modèle plus stable permis par une meilleure gouvernance mondiale ; et une reconfiguration autour de pôles régionaux, piste qu'il semble juger comme la plus probable. Philippe Mabille « Après le déluge. La grande crise de la mondialisation », de Nicolas Baverez. Éditions Perrin (194 pages, 10 euros).

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