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Le FMI doit sauver la Grèce

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Publié le 21 février 2010 à 22:19 - Mis à jour le 21 février 2010 à 22:19

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« Vous devriez aller au FMI ! » Ce n'est pas un conseil que vous donneriez à un ami. Depuis sa création, le Fonds monétaire international est associé à l'austérité budgétaire excessive et à l'absence de tout sens politique. Finalement, le FMI est l'ultime recours, pour les situations désespérées, pour se procurer des devises et payer les importations indispensables. Sauf que le FMI a beaucoup changé depuis la crise asiatique, et surtout la nomination, en 2007, de Dominique Strauss-Kahn au poste de directeur général. L'ancien ministre socialiste français de l'économie a oeuvré pour que l'institution puisse accorder, dans certaines circonstances, son soutien financier pour assurer un filet de protection sociale. Il a également imposé la fin de l'idéologie de l'austérité budgétaire, aux conséquences si fâcheuses et si durables. La Grèce est indubitablement en grande difficulté aujourd'hui. Et les opportunités offertes par son intégration européenne ont été largement gâchées. L'Allemagne et la France, leaders de facto de l'Union européenne, tergiversent à propos d'un plan de soutien tardif, mais ils ont clairement fait savoir à la Grèce qu'elle doit impérativement procéder à une réduction sévère des dépenses publiques.Si la Grèce possédait sa propre monnaie, tout serait plus facile. Comme pour la Grande-Bretagne depuis 2008, le taux de change aurait été considérablement déprécié, avec, à la clé, une baisse du coût du travail, un regain de compétitivité et un allégement du poids de la dette privée. Mais en ce qui concerne la Grèce et les autres économies affaiblies de la zone euro (aimablement surnommées par l'acronyme PIIGS pour Portugal, Irlande, Italie, Grèce et Espagne) ayant confié leur politique monétaire à la Banque centrale européenne (BCE), leurs monnaies ne peuvent plus servir de variable d'ajustement. La seule solution est donc de réduire substantiellement la demande, les salaires et les effectifs dans le secteur public. La dernière fois que nous avons observé ce genre d'austérité précipitée, elle a entraîné le début de la grande dépression dans les années 1930.C'est une situation idéale pour Strauss-Kahn et le « nouveau FMI » pour voler à leur secours. Depuis le début de l'année 2009, le Fonds a des ressources conséquentes pour accorder des prêts aux pays en difficulté, pour amortir le choc de la crise et pour proposer une forme de disjoncteur international lorsque les choses deviennent critiques. L'idée n'est pas d'empêcher les ajustements nécessaires, comme la réduction du déficit budgétaire, mais plutôt de les répartir dans les temps, de restaurer la confiance et de servir de tampon de garantie sur la crédibilité d'un gouvernement. Mais, alors même que l'Europe bénéficie encore d'une forte représentation au sein de l'institution et qu'elle traverse elle-même une grave crise, le Fonds est maintenu sur la touche.La raison en incombe en partie à la chancelière allemande, Angela Merkel, qui oeuvre pour que le prochain directeur de la BCE soit un Allemand et ne veut pas que le Fonds intervienne dans la zone euro. Le FMI pourrait raisonnablement adopter la position consistant à dire que les politiques de la BCE ont été trop restrictives - conduisant à un euro fort et à une inflation trop basse - et qu'elles ne sont plus adaptées pour les États membres en difficultés. Mais si le FMI devait soutenir les économies européennes les plus fragiles, cela briserait le dogme dominant à Francfort de l'euro fort. Il existe sans doute une autre raison : l'aura et le poids international acquis par Strauss-Kahn avec la crise financière alors que sa nomination au FMI a été soutenue par Nicolas Sarkozy pour éloigner de France un potentiel rival. Et à l'approche des élections présidentielles françaises, en 2012, la dernière chose dont a besoin l'actuel président français est un Dominique Strauss-Kahn en sauveur de la zone euro. Nous pouvons nous attendre à toutes sortes d'excuses trompeuses visant à exclure le FMI, comme « le Fonds est trop américain », « l'Europe doit résoudre ses propres problèmes », ou bien « le FMI n'est pas adapt頻. Mais, compte tenu de l'ampleur de la crise grecque, elles sonneront creux. L'histoire est parfois entraînée par des forces qui nous dépassent. Et parfois, comme aujourd'hui, les intérêts personnels et les considérations tacticiennes pèsent lourd sur la balance. Les dirigeants de l'Union européenne feront en sorte de garder le FMI à distance. Et ce n'est pas une bonne nouvelle pour la Grèce, ni pour quiconque se soucie de la stabilité financière internationale. ?Copyright Project Syndicate.Point de vue Simon Johnson Professeur à la Sloan School of Business du MIT, membre du Peterson Institute

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