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La taxe à 75%, un choc négatif de compétitivité pour le football français

La Tribune

Publié le 21 avril 2013 à 21:02 - Mis à jour le 21 avril 2013 à 21:02

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L’exemple de la guerre du Viêt-Nam est souvent cité comme illustration du phénomène appelé « effet d’engagement » par lequel un responsable se trouve pris au piège d’une décision qui se révèle absurde. Comme revenir sur sa décision initiale revient, pour le dirigeant, à avouer son erreur, il s’y refuse. Pourtant aux yeux de tous, l’erreur est évidente et la seule stratégie acceptable serait d’y renoncer. La désormais fameuse promesse des 75% sortie du chapeau à la surprise générale (y compris de sa propre équipe) par le candidat Hollande est en passe de devenir un exemple non moins éloquent. Que reste-t-il en effet de la justification initiale des 75% ? Plus personne n’est capable d’expliquer en quoi un tel taux constitue un niveau plus « moral » ou « juste » de prélèvement et non une décision purement arbitraire. En revanche, les inconvénients économiques sont légions : revenus faibles de la taxe (d’autant qu’il faut prendre en compte l’inévitable effet d’évaporation de la base taxable, soit du fait de l’évasion fiscale, soit par l’effet de montages juridiques) et conséquences dramatiques en termes d’activité de ce signal consternant envoyé par la France. Confronté à la difficulté de mise en œuvre concrète d’une idée apparemment simple, le président de la République se sent contraint de revenir à la charge avec une version modifiée censée passer les fourches caudines du Conseil constitutionnel. Mais cette nouvelle mouture nous fait tomber de Charybde en Scylla. Passons sur la nouvelle inégalité incompréhensible introduite par ce projet remanié qui exclut de fait les professions libérales. Au prétexte de se concentrer sur les « grandes » entreprises, qui seraient les seules à verser des rémunérations dépassant le million d’euros annuel, la taxe à 75% désormais acquittée par l’entreprise va en réalité, à l’analyse, impacter essentiellement le secteur si particulier du sport professionnel, et du football en particulier. Et l’on comprend les récentes interventions médiatiques alarmées de ses dirigeants. Le football va ainsi servir de victime expiatoire à des dirigeants en recherche de posture morale. Des jeunes devenus « trop riches trop vite », souvent de milieux défavorisés, comme bouc émissaires d’un gouvernement de gauche. Le paradoxe est savoureux.D’un point de vue purement économique, il faut rappeler que les clubs de football français ne sont pas des grands groupes, mais des organisations de taille réduite obligées de faire face à une concurrence internationale très rude. Pourquoi ? Parce que leur modèle économique est tout entier fondé sur une source de valeur : la ressource humaine si particulière que représentent les joueurs. Or, le marché dans lequel cette ressource s’échange est le plus mondialisé qui soit : aucune barrière de langue ou de culture n’existe pour un footballeur. Du fait également de leur jeune âge, la mobilité des joueurs est maximale et la compétition entre clubs pour attirer les meilleurs est totale. Ajoutée à la rareté évidente de cette ressource, cette mondialisation explique les salaires élevés qu’il faut verser. Il faut par ailleurs insister sur la valeur économique que créent ces joueurs par leur travail et sur le peu d’années durant lesquelles ils peuvent se maintenir au meilleur niveau. Répartis sur 40 ans, comme pour un travailleur normal, elles sont de très loin en dessous de la barre du million. Au-delà de l’introuvable justification à ce qui n’est qu’une forme de coup de force fiscal, le problème est surtout que la mesure constitue une menace réelle pour nos clubs. En ajoutant brusquement une charge de plus de 80 millions d’euros supplémentaires aux charges qu’ils acquittent déjà, la taxe en débat déstabiliserait profondément les finances de la plupart des clubs, à l’exception sans doute de celui qui a le Qatar pour actionnaire…En outre, il ne faut pas oublier que le football professionnel français, selon les derniers chiffres publiés la DNCG (Direction nationale de contrôle de gestion) contribue déjà à hauteur de 687 millions d’euros aux finances publiques (charges sociales et impôts) pour un chiffre d’affaires de seulement 1,6 milliards d’euros. En d’autres termes, à chaque fois que le football génère 1 euro de chiffre d’affaires, il en reverse 43 centimes à la collectivité. Dans ce contexte, pour un domaine déjà plus lourdement taxé que chez nos voisins européens, la taxe à 75% constituerait un handicap rédhibitoire pour la compétitivité internationale de notre sport. A l’heure où nos gouvernants semblent enfin avoir compris que la clé de la croissance se trouve dans la compétitivité de nos entreprises, il est étonnant de les voir proposer une mesure qui obérerait cette compétitivité pour tout un secteur. Il est encore temps d’avoir le courage politique de rompre l’effet d’engagement, pour le football et pour les autres secteurs touchés, et de renoncer pour de bon à cette mesure qui ne saurait constituer, tout le monde en convient, la solution aux problèmes économiques de la France.

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