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Heuliez, le carrossier tout cabossé

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Publié le 23 mai 2010 à 06:15 - Mis à jour le 23 mai 2010 à 06:15

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Retour à la case départ pour Heuliez. L'équipementier automobile de Cerizay, dans les Deux-Sèvres, a été placé vendredi en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Niort, avec une période d'observation de six mois. Le tribunal statuera néanmoins le 28 juillet sur la prolongation éventuelle de cette période. Début du calvaireL'administrateur judiciaire choisi, Me Régis Valiot, les salariés le connaissent déjà très bien. C'est lui qui avait été nommé en octobre 2007, quand l'entreprise avait été admise en procédure de sauvegarde. Le début d'un long calvaire pour Heuliez. En 2007, Heuliez, qui emploie encore 1.300 salariés, souffre des mauvaises ventes du coupé cabriolet Opel Tigra, qu'il assemble. Un contrat obtenu en 2004, pour lequel l'entreprise a recruté jusqu'à 1.500 intérimaires. La Tigra, prévue à 200 exemplaires par jour, a vu sa cadence divisée par quatre. L'usine est en sous-charge et aucune nouvelle commande ne prend le relais.Sauveur indienEn août 2008, les salariés (ils ne sont plus que 1.100) reprennent espoir. Un investisseur indien, Argentum Motors, annonce qu'il va prendre 60 % du capital et investir 25 millions d'euros, dont 10 millions tout de suite. L'État s'engage aussi, via la Caisse des dépôts, qui doit apporter 5 millions supplémentaires. L'entreprise est organisée en trois entités : Engineering et Design (le bureau d'études), Manufacturing (les usines, dont une en Slovaquie) et Electric, le petit pôle dédié à la construction d'un véhicule électrique. Heuliez nourrit en effet des ambitions dans le véhicule électrique. Avec l'aide d'Oséo, il a lancé plusieurs projets dans ce domaine, dont la Will (le PDG, Paul Quéveau, fils adoptif d'Henri Heuliez, prévoit alors une commercialisation pour 2010 et veut se doter d'une capacité de production de 50.000 unités par an) et la Friendly, un véhicule à usage urbain pour lequel il a obtenu un financement de la région Poitou-Charentes, présidée par Ségolène Royal. Les réticences du FSITrès vite, pourtant, le sauveur indien se retire. En mars 2009, les syndicats tirent la sonnette d'alarme. L'assemblage des Opel Tigra est tombé à 20 par jour, le contrat s'arrête en juillet, les journées de chômage technique s'accumulent et les besoins de financement se font pressants. Le Fonds stratégique d'investissement (FSI) est sollicité. Mais il refuse. Dirigeants, salariés et élus défilent alors dans les rues de Cerizay, dénonçant cet abandon de l'État. Ségolène Royal interpelle le gouvernement. Luc Chatel, alors ministre de l'Industrie, promet que le FSI investira 10 millions à condition qu'il y ait un projet réaliste et que les actionnaires du groupe (la famille Queveau, notamment) s'engagent à participer à un nouveau tour de table financier. La famille répond qu'elle n'a plus les moyens. Premier redressement judiciaireL'entreprise évite malgré tout la liquidation. En avril, le tribunal de commerce de Niort la place en redressement judiciaire, avec une période d'observation de six mois. Dans les couloirs de Bercy, comme à la région, chacun s'active pour trouver un repreneur. Et pouvoir crier victoire sur ce dossier très politique. Le nouveau sauveur, ce sera cette fois Bernard Krief Consulting (BKC) et son homme fort, Louis Petiet. Sorte de nouveau Tapie, BKC a repris en quelques mois le groupe de maintenance industrielle Isotherma, au Havre, deux branches du groupe textile DMC ou bien le distributeur de gadgets Soho. Louis Petiet estime qu'Heuliez dispose d'un « outil magnifique » et qu'il faut garder 500 à 600 postes sur 1.000. « Magic Petiet »Peu avant la décision du tribunal, début juillet, les rumeurs de partenariats se multiplient, avec le chinois Chery, le groupe PSA, plusieurs banques... Petiet peaufine son plan de reprise, qui prévoit une recapitalisation de 50 à 60 millions d'auros. Il assure avoir des alliés aux Émirats arabes unis, par exemple la compagnie Midex Airlines, dont personne ne comprend ce qu'elle vient faire là. Le tribunal de commerce se laisse convaincre et valide, le 8 juillet, le plan de reprise de BKC. Avec moult promesses d'aides de la région, d'Oséo, du FSI... à condition que Petiet tienne ses promesses. Petiet apparaît comme l'homme miracle. Son appétit semble sans limites, et on le retrouve durant l'été cité pour la reprise du couturier Christian Lacroix, de l'enseigne de mode Newman... L'argent reste invisible L'automne va être moins flamboyant. En novembre, les pouvoirs publics commencent à s'inquiéter. BKC n'a apporté que 1 million d'euros. Avec peine. Il assure que Midex va apporter les fonds. Mais personne n'en voit la couleur. Les 10 millions promis par le FSI restent donc bloqués. L'administrateur judiciaire menace d'un nouveau dépôt de bilan. Trois jours avant Noël, Christian Estrosi, le ministre de l'Industrie, déclare toutefois, à la surprise générale et après une entrevue avec Ségolène Royal, que BKC a apporté toutes les preuves demandées et qu'il peut donc finaliser la reprise d'Heuliez. Les régionales approchent, il faut rassurer. Les documents, c'est bien, le versement des fonds, c'est mieux. Petiet a jusqu'au 15 janvier pour les apporter. La date passe, l'argent reste invisible. La chasse au repreneur recommence. La piste turqueSégolène Royal sollicite la Macif, qui refuse. Christian Estrosi semble avoir plus de chance avec un investisseur turc, Alphan Manas, qui pourrait apporter 20 millions d'euros. Les jours passent, les élections aussi. Le sauveur turc ne propose que 10 millions. Retour à la case départ. Les rumeurs reprennent, les caisses se vident et, le 18 mai, Heuliez dépose à nouveau son bilan. Un investisseur anglo-malaisien serait intéressé. Mais ne le dites pas aux salariés d'Heuliez. Ils ne croient plus en rien.

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