L'affaire du Mediator révèle les failles du système du médicament

L'affaire du Mediator menace de se transformer en scandale d'État. À tel point que Nicolas Sarkozy a prévu de s'exprimer mercredi en conseil des ministres sur cette « affaire sanitaire grave », comme l'a qualifiée mardi matin sur RTL le porte-parole du gouvernement, François Baroin. Il a également affirmé que le gouvernement voulait « une transparence totale et absolue » sur les conséquences de l'utilisation de cet antidiabétique des laboratoires Servier, largement détourné comme coupe-faim pour déterminer « les failles du système ». Jour après jour, ce qui est considéré comme un « désastre sanitaire » par le Dr Irène Frachon, pneumologue au CHU de Brest qui a fait éclater l'affaire, n'en finit pas d'empoisonner la classe politique, déjà éclaboussée par le passé par d'autres scandales, comme le sang contaminé ou l'hormone de croissance.Retrait en 2009Commercialisé à partir de 1976 et prescrit à quelque 5 millions de personnes, avant d'être retiré du marché en novembre 2009, le médicament, qui peut provoquer des valvulopathies (atteintes des valves cardiaques), aurait provoqué « au moins 500 morts », selon l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) ; 1.000 à 2.000 personnes selon une nouvelle estimation qui tient compte de la surmortalité à plus long terme. Chez Servier, on se refuse pour le moment à tout commentaire. Mais pour ce spécialiste des questions de santé, « cette affaire est révélatrice d'une faillite épouvantable du système du médicament. Il est défaillant et doit être réformé en profondeur ».Aujourd'hui, les politiques comme l'administration réclament de la transparence, Xavier Bertrand en tête. Soucieux d'apporter les réponses aux questions légitimes que se posent les patients », le ministre de la Santé, déjà en charge de cette fonction entre 2005 et 2007, a confié une mission à l'Inspection générale des affaires sociales (Igas), qui doit rendre son rapport à la mi-janvier. De son côté, le Parti socialiste, qui précise que les responsables en charge de la santé en 1998, Martine Aubry et Bernard Kouchner, n'ont pas été alertés de la dangerosité du médicament, a obtenu la création d'une mission d'information parlementaire sur le Mediator. Ces deux enquêtes devront répondre à un certain nombre de questions : pourquoi ce médicament, qui a reçu l'autorisation de mise sur le marché (AMM) comme antidiabétique, a été massivement prescrit comme coupe-faim ? Pourquoi l'alerte lancée dès 1998 par trois médecins de la Sécurité sociale n'a-t-elle pas été entendue ? Ni celle dix ans plus tard d'Irène Frachon sur les risques cardiaques liés à la prise du Mediator ? Pourquoi enfin le Mediator a-t-il continué à être remboursé (à 68 %) alors qu'en 1999, puis en 2006, la Commission de transparence du médicament avait rendu un avis défavorable à son remboursement, jugeant son efficacité discutable ?

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