L'Europe va fermer 10 % de ses capacités
La Tribune
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Raffiner en Europe est considéré comme un mal nécessaire par les majors depuis le début des années 1980 », explique un expert. Le raffinage, industrie à forte intensité capitalistique, soumise à une très forte fluctuation du prix de vente de ses produits finis, « perd très régulièrement de l'argent, en gagne de temps en temps ». Et la seule perspective de ce marché est le reflux. « Pour répondre aux exigences européennes liées à l'environnement, la consommation de carburants doit reculer de 30 % d'ici à vingt ans », souligne Jean-François Gruson, chef du département économique à l'Institut français du pétrole.Globalement, l'Europe souffre d'une surcapacité de raffinage estimée à environ 10 % des volumes traités. Partout, sur le Vieux Continent, les plus petites unités, éloignées des centres de consommation, sont mises en vente. Shell prévoit trois cessions en Allemagne et en Grande-Bretagne, l'ENI veut se séparer de ses installations de Livourne, Petroplus vend deux usines en Belgique et en Grande-Bretagne. Si des Chinois et des Indiens sont réputés s'y intéresser, peu de choses se concrétisent.Dans ce tableau morose, le raffinage français se distingue par un plus fort déséquilibre, lié à sa consommation atypique de gazole. Produisant structurellement trop d'essence, l'Europe en exporte environ un quart de sa consommation mais la France, avec son très fort taux de « dieselisation », en exporte plus de la moitié. Tant que les États-Unis achetaient cette essence, les raffineries françaises y trouvaient leur compte. En 2008, l'envolée des prix du brut, suivie de la crise, a freiné la consommation d'essence des Américains. Les importations européennes ont plongé de 70 %. Ce qui a plus fortement pénalisé la France. Sans compter que, grâce aux grandes surfaces, le marché hexagonal de la distribution de carburant affiche les plus faibles marges européennes. Bilan : Shell et BP ont déjà vendu leurs raffineries françaises. Outre Total qui avait prévu, avant la crise, de supprimer près de 10 % des capacités de ses six raffineries d'ici à 2015, seul Esso, parmi les majors, reste dans l'Hexagone (deux sites). Une consolation pour les salariés du raffinage : cela demeure aujourd'hui, sinon moins cher, en tout cas beaucoup plus simple, de raffiner sur place. Pour combien de temps ? M.-C. L.
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