Crise de l'euro (1)   :  éloge de la dévaluation

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À ceux qui croient que l'économie va reprendre son cours d'avant la crise, l'actualité européenne apporte une nouvelle contradiction. La possibilité d'un éclatement de la zone euro est désormais envisagée, en particulier par Angela Merkel, la chancelière fédérale allemande. Si ce tabou a été levé, c'est parce que la sortie des pays les plus fragiles - la Grèce aujourd'hui, l'Espagne et le Portugal demain, peut-être l'Italie - est la seule solution acceptable pour l'Allemagne, alors que l'Allemagne est le seul pays à pouvoir aider les autres. Il faut rappeler que lors de la crise monétaire des années 1990, c'est l'intervention de la Bundesbank, alors maître du deutsche mark, qui avait sauvé le franc. Mais cette fois-ci, elle ne souhaite pas le faire, considérant que les Grecs doivent redresser eux-mêmes leur situation. D'où la perspective de l'intervention du Fonds monétaire international à Athènes, pour soulager les finances publiques. Si même le prochain sommet européen aboutit à mobiliser les partenaires de la Grèce, ils ne seront sollicités que pour de modestes prêts bilatéraux, qui viendront en complément symbolique du FMI. Les prochains à lever le tabou seront probablement... les pays d'Europe du Sud eux-mêmes, qui vont changer de regard sur l'union monétaire et le carcan dans lequel elle les enferme. La violence des efforts budgétaires qu'Athènes s'impose - 4 % du PIB de coupes budgétaires sur un an  - est sans précédent. Les pays qui ont subi une telle purge, comme la Suède au début des années 1990, ou les pays asiatiques lors de la crise des pays émergents en 1997-1998, ont bénéficié d'un secours considérable qui est aujourd'hui interdit aux malades de l'euro : la dévaluation de leur monnaie. Rien de tel pour la Grèce aujourd'hui et l'Espagne demain, qui vont subir la double peine : sévère rigueur budgétaire et monnaie surévaluée.Sans dévaluation, l'intervention du FMI à Athènes sera tout aussi inefficace que les missions qu'il effectue depuis des décennies dans les pays d'Afrique francophone, pénalisés par le franc CFA, considérablement surévalué à cause de son lien inflexible à la devise européenne. L'euro est devenu le franc CFA de l'Europe du Sud, une monnaie qui pénalise la croissance et sert d'abord les intérêts d'une élite locale désireuse de maintenir son pouvoir d'achat international et de transférer sans risque son épargne à l'étranger. Comme en Afrique.Car le vrai problème de ces pays n'est pas tant la dette publique, que l'évolution incroyable des coûts salariaux unitaires - les salaires corrigés de la productivité - qu'ils ont connue. Dans la zone euro, le plus sage, qui en eût douté, est l'Allemagne, qui a vu ses coûts progresser de 5 % seulement entre 1996 et 2009. Dans le même temps, les coûts grecs se sont envolés de 65 %, et ceux du Portugal de 45 %, selon une étude de Natixis. Progression que l'on ne peut imputer à l'unification de la zone, car les marchés du travail restent cloisonnés, à cause de la barrière des langues. Et pas davantage à l'amélioration de la qualité des produits grecs - le tourisme et le transport maritime - qui n'a guère varié. En Grèce, la recherche-développement du pays s'est d'ailleurs maintenue au plus bas de la zone euro, à 0,58 % du PIB par an.La cause de la dérive tient bien sûr à l'impéritie des pays concernés, qui ont profité d'une longue période d'impunité, grâce à la dynamique politique européenne qui a suivi l'introduction de l'euro. Alors que la phase de « convergence », dans les années 1990, avait vu le déploiement de véritables efforts, le relâchement a été général après 2000 - sauf en Allemagne. Et la déréliction a été d'autant plus forte qu'il n'y avait plus de crise monétaire pour rappeler à l'ordre les contrevenants.La facture arrive aujourd'hui sous une autre forme, la très forte montée du chômage : la Grèce et l'Espagne d'aujourd'hui, tout comme la Thaïlande et l'Argentine de 1997, ont vécu au-dessus de leurs moyens. Pour redresser cette situation, il n'y a que deux solutions. La voie escarpée, avec plusieurs années de rigueur très sévère, et un risque de crise politique et sociale majeure. Ou l'« autre politique », avec une dévaluation qui a le pouvoir d'annihiler instantanément les avantages indus qu'un pays s'est attribués, de façon apparemment indolore. Il n'est pas besoin d'être grand clerc pour prévoir que les partisans de la deuxième voie vont se faire entendre dans les mois qui viennent. n Mardi prochain : les leçons des crises monétaires passées.analysefrançois lengletRédacteur en chef à « La Tribune »

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