Le tribunal tente toujours de percer le mystère Kerviel

Dans le procès Kerviel, la dixième journée d'audience a été marquée par l'audition de Daniel Bouton. Souvent taxé d'arrogance du temps de sa splendeur, l'ancien PDG de la Société Généralecute; Générale, acculé à la démission à la suite de cette affaire et du scandale des stock-options début 2009, met d'emblée en avant le traumatisme subi par lui-même, par les salariés de la banque et par ses actionnaires, afin de mieux accabler son ancien employé. Il souligne que « le métier d'une banque n'est pas de jouer son destin sur une position spéculative [...] c'est ce qui m'empêche de croire qu'un supérieur de Kerviel ait pu être au courant ». Puis il se tourne vers le prévenu pour lui lancer : « désolé, mon vieux », avant d'esquisser un mea culpa : « j'ai compris très vite qu'il y avait eu des défaillances dans le contrôle, notamment de la part des supérieurs, autrement une telle fraude n'aurait pas pu arriver ».défense inchangéeIl dénonce le « génie du mensonge » de Kerviel, et dément avoir poussé la Société Généralecute; Générale à prendre toujours plus de risques. Après avoir « tiré son chapeau » au personnel, grâce à qui la banque a surmonté cette crise, il dit comprendre la « formidable colère des salariés, qu'ils soient actionnaires ou non », d'autant qu' « ils se sont fait engueuler par leurs clients pendant des mois ».Face à son ancien patron, Kerviel ne dévie pas de sa ligne : « depuis le début du procès, j'ai admis mes erreurs. Mais l'idée selon laquelle personne d'autre n'était au courant de mes actes n'est pas crédible ». Le procureur, Jean-Michel Aldebert, lui demande alors s'il a « conscience, non pas d'erreurs, mais de fautes », et s'il veut s'excuser. « Bien sûr que je regrette et que je reconnais des fautes professionnelles...mais pénales, c'est le tribunal qui en décidera », déclare le prévenu d'un ton monocorde, inexpressif, avant de réaffirmer que ses positions étaient contrôlées quotidiennement par la banque.Mais la scène la plus marquante est la nouvelle tentative du président, Dominique Pauthe, de percer à jour le « mystère Kerviel ». « Qui êtes vous donc, M. Kerviel ? », demande-t-il au prévenu en fin d'audience, comme il l'avait fait le premier jour. Une « dernière perche » que Kerviel se refuse à saisir. « Dans le cadre du dossier ? Je suis quelqu'un qui a essayé de faire son travail le mieux possible dans l'intérêt de la banque », déclare Kerviel, reprenant une litanie maintes fois entendue au cours du procès, et qui ne semble pas avoir convaincu la cour. Interpellé sur ce refus obstiné de « sortir de son schéma », il objecte : « j'ai changé de point de vue, puisque mon objectif était de faire entrer du cash dans la banque, et aujourd'hui je me rends compte que c'était débile ». Il convient enfin qu'avec le recul, il n'était « probablement pas » fait pour être trader. Pour une fois, il est d'accord avec Daniel Bouton, qui vient de déclarer que la banque aurait dû « foutre Kerviel à la porte » en 2005, quand elle s'est rendue compte qu'il avait pris des positions interdites. Reste à savoir si cela suffira, comme l'espère la défense, à convaincre le tribunal que dans cette affaire, les torts sont partagés.

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