Zone euro : des raisons d'espérer

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Récession, indécision politique, effet dépressif des politiques de rigueur, chômage... La zone euro reste engluée dans la crise et, à en croire le FMI, elle ne serait pas près d\'en sortir. La crise européenne pourrait néanmoins avoir amorcé un virage cet été. Après un sommet aux résultats décevants et alors que le PIB s\'oriente vers une contraction de 0,4% cette année, il reste néanmoins quelques raisons d\'espérer.La longue marche vers l\'union bancaireLes avancées du dernier sommet européen sont minces. Les dirigeants européens ont désormais le «projet d\'avoir un projet d\'union bancaire», ironise l\'économiste de Saxo Bank, Steen Jakobsen. Certes. La déclaration d\'intention est néanmoins encourageante. Les marchés ont d\'ailleurs accueilli positivement l\'engagement de mettre en œuvre l\'année prochaine le mécanisme de supervision unique de l\'ensemble des banques européennes. «C\'est la première réponse véritablement fédérale face à la crise. On ne se contente plus aujourd\'hui de demander aux Etats de réduire leurs déficits», relève l\'économiste de BNP Paribas Jean-Luc Proutat. «Bien qu\'avec difficulté, l\'Europe commence à régler un certain nombre de ses problèmes», ajoute-t-il. En fin de semaine, les primes de risque des pays du Sud de l\'Europe se sont dégonflées. Le coût d\'emprunt de l\'Etat espagnol à 10 ans (5,37% vendredi) a baissé de 25 points de base en une semaine. Pour Bénédicte Kukla, économiste au Crédit Agricole, «ce premier pas vers une union bancaire est important car celle-ci conditionne une recapitalisation directe des banques par le fonds de secours européen, le MES». L\'enjeu est bien connu: il s\'agit de briser l\'interdépendance entre crise bancaire et dette souveraine. «C\'est une bonne nouvelle pour l\'Espagne car la recapitalisation des banques espagnoles risque de coûter entre 5 et 10 points de PIB, ce qui permettrait en cas de prise en charge directe du MES d\'éviter une hausse équivalente du ratio d\'endettement public», ajoute Bénédicte Kukla. Constatant que les progrès sur les sujets à l\'ordre du jour du sommet n\'ont pas été énormes, les économistes de JP Morgan restent, eux, philosophes. «Dans une certaine mesure, des progrès politiquement réalistes sont préférables à des promesses destinées à être détricotées les semaines qui suivent», écrivent-ils dans une note de recherche.L\'accès au marché des pays dits «périphériques» s\'amélioreEn difficulté pour obtenir des financements sur les marchés avant l\'été, l\'Italie et l\'Espagne peuvent désormais recommencer à emprunter à des coûts plus raisonnables. Directement liée à l\'annonce de Mario Draghi du 26 juillet dernier - la BCE prête à faire «tout ce qui est nécessaire pour préserver l\'euro, et croyez moi cela sera suffisant» - et à la création d\'un nouveau programme (OMT) de rachat de dette souveraine, cette amélioration des conditions de marché permet aux pays les plus en difficulté de respirer. «L\'Espagne n\'est pas sortie d\'affaire: la purge des bilans privés et publics est un processus long et difficile mais le retour de la confiance des investisseurs devrait aider», estime l\'économiste du Crédit Agricole Bénédicte Kukla. Les pays qui bénéficient déjà d\'une aide européenne ont également un meilleur accès au marché. En juillet, l\'Irlande a lancé sa première émission de dette à long terme depuis deux ans. Et début octobre, un échange portant sur près de 4 milliards d\'euros d\'obligations a permis au Portugal de faire sa première émission de dette à moyen terme depuis qu\'il est sous assistance financière.A marche forcée, la compétitivité des pays d\'Europe du Sud s\'améliore et les déséquilibres des balances des paiements se corrigent peu à peu«Depuis début 2008, l\'Espagne et le Portugal ont réduit de 8 à 10% leurs coûts salariaux unitaires par rapport à l\'ensemble de la zone euro; l\'Irlande a connu une baisse relative de ses coûts de près de 20%», note Jean-Luc Proutat, chez BNP Paribas.Le rétablissement d\'une certaine compétitivité permet à ces pays de réduire le déficit de leurs balances des paiements. L\'Espagne et le Portugal réduisent en particulier leurs déficits extérieurs à l\'égard des pays de la zone euro. «C\'est important car ces déficits étaient financés par des flux de capitaux venant du Nord et c\'est l\'interruption de ces financements qui a été un des facteurs à l\'origine de la crise», souligne Jean-Luc Proutat. La capacité de la population à supporter de tels ajustements pourrait cependant avoir atteint ses limites. «La pérennité de ce mouvement va dépendre de la capacité des entreprises à investir dans les secteurs exportateurs et d\'un retour de la croissance dans les pays de la zone euro qui sont les principaux partenaires commerciaux de l\'Espagne», explique Bénédicte Kukla. En attendant, les pays autrefois désertés par les investisseurs comme l\'Espagne, le Portugal et même dans une certaine mesure la Grèce, recommencent à attirer les flux d\'investissements directs.Les comptes publics de la zone euro sont de loin les plus solides de la zone OCDELes comptes publics de la zone euro sont de loin les plus solides de la zone OCDE. Cela devrait permettre au MES aux grands pays de la zone de continuer à emprunter à des taux très bas. «On prévoit 3,3% de PIB de déficits en 2012, contre 8% aux Etats-Unis et 10% au Japon», rappelle Jean-Luc Proutat. Selon les chiffres publiés par Eurostat, «le ratio du déficit public par rapport au PIB a baissé dans la zone euro, passant de 6,2% en 20103 à 4,1% en 2011, et dans l\'UE27, passant de 6,5% à 4,4%. Le ratio de la dette publique par rapport au PIB a augmenté dans la zone euro, de 85,4% à la fin de 2010 à 87,3% à la fin de 2011, ainsi que dans l\'UE27, de 80,0% à 82,5%». Reste à savoir si la vertu est vraiment payante... 

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