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Des siècles de lutte contre l'instabilité des prix

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Publié le 23 février 2011 à 20:31 - Mis à jour le 23 février 2011 à 20:31

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La problématique agricole est très différente d'un pays à l'autre. La plupart des pays occidentaux ont tourné la page des grandes politiques agricoles fondatrices des années 1930 et 1950. Par contre, de nombreux pays émergents, de la Chine et l'Inde à la Corée du Sud, peuvent se permettre de maintenir des objectifs d'autosuffisance fondés sur la gestion fine des marchés et des prix agricoles. Il en est de même pour d'anciens pays communistes, comme la Russie, qui cherchent à réinventer des politiques agricoles. En revanche, la plupart des pays du tiers-monde se trouvent dans la situation des pays occidentaux du XIXe siècle : l'important est de nourrir les habitants des villes, susceptibles de déclencher des émeutes de la faim ; c'est dans ces pays que l'on accueille à bras ouverts les « investisseurs » étrangers en quête de terres agricoles.La Première Guerre mondiale fut la première occasion pour les gouvernements concernés de mettre en place des politiques de « ravitaillement » encadrant de facto la production agricole. La Seconde Guerre mondiale mit fin au fonctionnement des marchés agricoles et partout l'agriculture s'inscrivit dans le cadre d'économies dirigées. Jamais les marchés agricoles ne furent aussi stables que dans les années 1960 grâce aux politiques nationales et au « parapluie » américain à l'international. C'est dans ce contexte qu'intervint le choc des années 1972-1976 sur le marché des matières premières. Pendant cette période, le seul succès relatif fut à mettre au crédit du Programme alimentaire mondial des Nations unies.Les années 1980 furent marquées par la remise en cause à peu près systématique des politiques agricoles, victimes à la fois de leur coût et souvent de leur inefficacité. Ce fut le cas de la PAC qui, au fil de ses réformes, abandonna peu à peu toutes ses approches de gestion des marchés et des prix, au point d'envisager pour 2014 d'en supprimer les derniers instruments (quotas laitiers notamment).Au début du XXIe siècle, jamais les marchés agricoles n'avaient été aussi « libres ». C'est dans ce cadre qu'il faut replacer le choc ressenti sur les marchés culminant avec les émeutes de la faim au printemps 2008 et la nouvelle crise céréalière de l'été 2010. Confrontées à cette situation nouvelle, de nombreuses voix ont prôné une nouvelle régulation des marchés agricoles internationaux. En matière agricole, l'idée de régulation va souvent beaucoup plus loin, jusqu'au contrôle de la spéculation, voire à la stabilisation des marchés. Au niveau international, le vieux rêve de la stabilisation des marchés agricoles semble plus éloigné que jamais. Il est en revanche possible d'assurer une véritable transparence en respectant les règles de la concurrence. Cela nous renvoie aux politiques nationales de stabilisation des prix, particulièrement pour les producteurs dans les pays en développement.Le grand public ne s'inquiète de l'instabilité des prix agricoles que lorsque ceux-ci flambent. On a beau jeu alors de fustiger la spéculation et de se lamenter sur le sort des pays pauvres en oubliant simplement que, lorsque les prix sont bas, ce sont les populations rurales qui souffrent quand leurs gouvernements n'ont pas les moyens de les protéger. En réalité, le marché ne fait que constater des déséquilibres. Lorsque les prix flambent, c'est un message que les marchés nous envoient, celui d'un monde qui est loin d'avoir gagné son défi alimentaire, où un milliard de pauvres se nourrissent peu et mal, celui d'une planète qui peut nourrir 10 milliards d'hommes si les moyens suffisants sont consacrés à de véritables politiques agricoles dans les pays en développement. Le monde a faim, ne l'oublions pas !

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