La démographie, ennemie des excédents allemands !

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L\'information n\'a pas fait les grands titres de la presse. Jeudi, l\'institut statistique Destatis, a indiqué qu\'en 2011, le taux de fécondité des Allemandes avait encore chuté, passant de 1,39 à 1,36 enfant par femme. Même si la baisse de la population allemande a été enrayée l\'an dernier outre-Rhin pour la première fois depuis 2002, l\'Allemagne est un des pays d\'Europe qui vieillit le plus vite. Et selon une étude publiée ce lundi par l\'institut ZEW de Mannheim, ceci pourrait avoir des conséquences macroéconomiques non négligeables.20,5% de plus de 75 ans en 2060En 2010, Destatis avait publié ses prévisions de population jusqu\'en 2060. Actuellement peuplée de 81,8 millions d\'habitants, l\'Allemagne ne devrait plus en compter que 64,5 millions en 2060. Et encore ces projections paraissent-elles bien optimistes au regard des chiffres actuels: elles reposent sur un taux de fécondité de 1,4 enfant par femme et sur un solde migratoire positif de 200.000 personnes (en 2011, il a été de 273.000 personnes, mais bien au-delà des chiffres habituels, plus proches de 100.000). Sur cette population, la part des personnes âgées serait considérable: 26,2 millions de personnes, soit 40,6% de la population auront plus de 60 ans, et 13 millions de personnes auront plus de 75 ans, soit 20,5% de la population.Baisse de l\'épargneLes chercheurs de l\'institut ZEW soulignent que la principale conséquence de ce vieillissement sera la disparition de l\'excédent courant allemand à partir de 2030. «A partir des années 2020 les personnes nées dans les années à fort taux de naissance commenceront à prendre leur retraite et à utiliser leur épargne», explique l\'étude. Le mouvement va rapidement s\'accélérer dans la décennie suivante. Parallèlement, le coût des dépenses de santé et des dépenses d\'assurance vieillesse vont progresser très rapidement. Le ZEW prévoit ainsi que la cotisation vieillesse devra passer de 18,3% du salaire brut en 2012 à 23,8% en 2030 et 25,5% en 2060. La cotisation santé passera de 15,5% aujourd\'hui à 20,2% en 2030 et 20,3% en 2060. Enfin, l\'assurance dépendance doublera en 50 ans de 2,1% à 4,1% du salaire brut. Conséquence: le revenu disponible pour l\'épargne des actifs va se réduire. L\'étude du ZEW estime donc que le taux d\'épargne, de 21% en 2010 passera à 18,6% en 2030 et 14,9% en 2060.Un déficit courant de 9% du PIB en 2040Derrière cette chute du taux d\'épargne se dessine un véritable changement de modèle économique. Les plus âgés vont consommer leur épargne et les actifs vont proportionnellement plus consommer qu\'épargner. La part de la consommation dans le PIB allemand va passer de 57,1% en 2010 à 64% en 2030, soit une progression de 20%. Parallèlement, le coût de la vieillesse sera plus prix en charge par l\'Etat qui devra dépenser 27,5% de plus en 2030 qu\'en 2010. Or, le ZEW ne compte que sur une progression du PIB de 7% sur ces vingt années! Conséquences: les importations de biens vont progresser et les besoins de financement de l\'Etat vont exploser. Comme l\'épargne des Allemands sera de moins en moins disponible pour faire face à ce financement, la balance des paiements du pays devrait devenir déficitaire à partir de 2030 (après avoir progressé jusqu\'en 2020). Le ZEW estime que le déficit courant allemand atteindra 3,8% du PIB en 2030 et 9% du PIB en 2040!Etude alarmante?Cette étude est assez alarmante pour l\'Europe entière. Aujourd\'hui, la zone euro peut présenter une balance des paiements relativement équilibrée, c\'est uniquement en raison de celle de l\'Allemagne. En juillet, l\'excédent courant de la zone euro était de 9,7 milliards d\'euros et celui de l\'Allemagne de 12,8 milliards d\'euros. Avec une Allemagne en excédent chronique et si tout reste égal par ailleurs, la zone euro devrait donc afficher un fort déficit. Le «déséquilibre» intraeuropéen souvent dénoncé entre une Allemagne fourmi et une Europe méridionale cigale devrait donc disparaître sous le poids de la démographie déclinante de la première économie européenne. Reste donc à savoir si ce retour de l\'Allemagne à la consommation et aux déficits profitera à ses voisins européens et si l\'équilibre se recréera ainsi, ou si l\'Europe tout entière vieillissante ne sera plus qu\'une source de financement des économies en croissance comme l\'Asie ou l\'Afrique.

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