Identité nationale économique

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C'est le jeu de société qui fait fureur pour Noël, le « Monopolitique ». Question posée aux joueurs : quand on est au gouvernement, comment faire remonter le Front national, regonfler l'opposition, désemparer la majorité et compromettre ses chances aux élections régionales ? Seule réponse possible : recruter Éric Besson et lancer un débat sur l'identité nationale. Débat où l'UMP s'enferre chaque jour davantage, pour l'avoir orienté de façon stupide sur le terrain religieux et ethnique, à l'encontre des traditions, des valeurs et de l'histoire du pays. Notre ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale, alternant colloques fumeux et expulsions d'immigrés afghans faméliques, gagnerait à relire Romain Gary, lui-même de souche étrangère et couronné deux fois par l'Académie Goncourt pour ses écrits : « Je n'ai pas de sang français, mais c'est la France qui coule dans mes veines. » Si la France avait à s'interroger sur son identité, pourtant, cela pourrait bien être au plan de l'économie. Comme la plupart des pays développés, elle est concurrencée par les émergents, la Chine en particulier, qui fabrique à la fois des tongs, des voitures et des fusées, le tout à trois francs six sous. Quels créneaux industriels peuvent garantir l'emploi et la croissance de demain, face à cette concurrence ? Quelles spécialités cultiver pour résister à la poussée chinoise, occuper nos quelque 23 millions d'actifs et financer l'éducation ou la retraite des autres ? Comment rejoindre le niveau technologique qui nous protège des pays à faibles coûts salariaux ? Voilà de véritables questions identitaires, qui sont proprement du ressort gouvernemental. Questions d'autant plus pressantes que lui sont subordonnées toutes les réformes en cours, celle du modèle social ou celle du secteur public. Si la France peine tant à changer, ce n'est pas à cause d'un conservatisme inaltérable, mais parce que ses atouts, la part d'elle-même qu'elle souhaite préserver, peinent à se dégager dans un monde où le centre de gravité s'est déplacé, et qu'elle redoute l'avenir. On ne change jamais que pour protéger une partie de soi ? la plus importante. Cette éclipse problématique de la conscience nationale est bien sûr antérieure à l'élection de Nicolas Sarkozy, en 2007. Mais il y a fort peu de chance que le décompte des minarets ou la stigmatisation de la burqa aident à la dissiper.flenglet@latribune.fr François lenglet

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