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Monsieur Papandréou et les spéculateurs

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Publié le 24 mars 2010 à 22:19 - Mis à jour le 24 mars 2010 à 22:19

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Des spéculateurs sans scrupule gagnent chaque jour des millions en pariant sur la faillite de l'État grec. C'est ce qu'a déclaré le Premier ministre grec en visite chez le président Obama. Et Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et Jean-Claude Juncker de lui emboîter le pas en demandant à la Commission européenne une enquête sur le rôle de la spéculation. Nous pouvons aider considérablement la Commission en lui rappelant où se situent les responsabilités dans les malheurs qui accablent la Grèce.Depuis l'intégration de la drachme dans l'euro en 2001 et sans doute bien avant cette date, le gouvernement d'Athènes n'a cessé de falsifier ses comptes. Peut-être n'a-t-il voulu tromper que ses partenaires européens afin qu'ils lui donnent accès à la monnaie unique. Mais les victimes de la supercherie ont été avant tout les investisseurs qui, au cours de la dernière décennie, ont souscrit pour plus de 100 milliards d'euros d'obligations émises par la Grèce. Au vu des chiffres publiés par ce pays, ils ont accepté de ne recevoir qu'un intérêt légèrement supérieur à celui que rapportaient les obligations souveraines allemandes. S'ils avaient connu la réalité du véritable risque qu'ils couraient, ils auraient exigé des intérêts bien supérieurs à ceux distribués. Ce défaut de rémunération, donc ce vol, doit se monter à des dizaines de milliards d'euros.Lorsque les responsables d'une entreprise privée sont pris à truquer leurs comptes, la justice se montre, avec raison, sans pitié. Rappelons-nous. Il y a quelques années, les dirigeants d'Enron ont payé cher la fraude à l'information : le PDG, Kenneth Lay, allait passer sa vie à l'ombre s'il n'était décédé d'une crise cardiaque ; Jeffrey Skilling, son second, a été envoyé dans un pénitencier pour plus de vingt-quatre ans ; des cadres d'un moindre niveau se sont vu infliger de lourdes peines de prison.Or, surprise, l'enquête que doit effectuer la Commission européenne ne porte nullement sur les tricheries du gouvernement grec dont les fautes se trouvent ainsi absoutes. Les responsables de la débâcle financière de la Grèce ne seront donc jamais punis. À leur place sont accusés les suspects habituels, les spéculateurs. C'est-à-dire, majoritairement, les détenteurs de milliards et de milliards d'euros d'obligations souveraines de ce pays. Ces investisseurs n'ont plus confiance dans les assurances des chefs d'État européens incapables dans le passé de faire respecter les règles du traité de Maastricht et dont les divisions augurent mal du soutien qu'ils promettent à Athènes. Comme ils n'ont pas confiance dans la capacité du gouvernement grec à tenir ses engagements budgétaires. Ils s'efforcent donc de se couvrir contre la dégradation probable de leurs positions.Mais comment peut-on se couvrir, c'est-à-dire se prémunir, contre une baisse de la valeur des obligations que l'on détient ? En simplifiant quelque peu des mécanismes complexes, on peut dire qu'une première méthode consiste à les vendre immédiatement et à placer l'argent obtenu sur le marché monétaire. Une autre méthode consiste à utiliser des produits dérivés appelés « credit default swaps » (CDS). Contre une somme fixe, une contrepartie s'engage à verser la valeur d'un nombre prédéfini d'obligations au cas où leur émetteur ne serait plus en mesure de tenir ses engagements. S'il désire se couvrir à son tour, le vendeur de protection emprunte des obligations, les vend et place l'argent obtenu. Nous voyons que, dans un cas comme dans l'autre, les obligations risquées sont vendues sur le marché au comptant entraînant ainsi la chute de leur cours. Mais ce qui ne se produit que par leur émetteur - ici l'État grec - ne paraît plus en mesure de gérer ses finances ! nPoint de vue Florin Aftalion Professeur émérite à l'Essec

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