Les nombreux non-dits de la deuxième conférence sociale

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« Je retourne dans le monde réel »... Cette petite phrase, lancée sous forme de boutade par Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force Ouvrière (FO), à la fin de la seconde conférence sociale le 21 juin, résume un état d\'esprit très largement répandu chez les partenaires sociaux. Patronat comme syndicats. Alors que la France est en récession, que le chômage s\'envole vers des sommets et que les comptes de la protection sociale se creusent, il faudrait pour beaucoup sonner le tocsin ! La CGT a ses idées sur la question. Le Medef aussi. Or, ce second grand rendez-vous social du quinquennat est apparu trop « tranquille » à de nombreux participants, comme si l\'urgence de la situation n\'avait pas été prise en compte. Il y a 1.000 chômeurs supplémentaires chaque jourThierry Lepaon, le leader de la CGT, a ainsi dénoncé le« manque de mesures concrètes ». Lui qui rappelle sans cesse qu\'il y a actuellement 1.000 chômeurs de plus par jour. Certes, le Premier ministre a annoncé dans sa feuille de route une réforme de la formation professionnelle pour la fin de l\'année ainsi que la mise en place rapide d\'un plan exceptionnel de formation pour que 30.000 chômeurs puissent occuper des emplois vacants. Certes, Jean-Marc Ayrault a également réaffirmé son souhait de réformer les régimes de retraite pour assurer leur pérennité. Malgré cela, même Laurent Berger, le numéro 1 de la CFDT, d\'ordinaire plutôt conciliant avec la majorité en place, a lui aussi considéré que le plan emploi du gouvernement manquait « d\'élan et d\'effectivité ». Quant au Medef, il semblait très déçu par le fait que le gouvernement n\'envisage pas de remonter l\'âge légal de départ à la retraite. Sur le fond, la déception est donc générale, même si, sur la forme, chacun s\'accorde à trouver intéressante cette formule de conférence sociale.Réforme du marché du travail : stop ou encore ?Alors pourquoi cette impression que quelque chose n\'a pas fonctionné cette année ? Peut-être le sentiment que les vrais problèmes n\'ont pas été réellement mis sur la table et que l\'exécutif se garde bien de révéler toute ses intentions en matière de limitation des dépenses pour tenir le fameux engagement d\'un retour à un déficit limité à 3% du PIB. Un objectif qui doit être tenu pour la fin 2015, après le délai de deux ans accordé à la France par la Commission européenne. Peu avant la conférence sociale, à l\'occasion du 150e anniversaire du SPD allemand, François Hollande a salué les réforme menées par Gerhardt Schröder en Allemagne au début des années 2000. Est-ce à dire que le président français va faire de même ? Ce n\'est pas certain. Ainsi, sur la réforme du marché du travail. Au grand désespoir du Medef, le président et son ministre du Travail Michel Sapin ont à maintes reprises affirmé qu\'il n\'était pas question de songer à un « ANI 2 » - en référence à l\'accord national interprofessionnel conclu le 11 janvier dernier et devenu, depuis, la loi sur l\'emploi - alors que le premier n\'est même pas encore entré en application (les premières dispositions entreront en vigueur ce 1er juillet). Il est évident que les partenaires sociaux auraient aimé que les choses soient clarifiées lors de la conférence sociale...Quel financement pour la protection sociale ?Autre inconnue : la question du coût du travail et donc de la compétitivité. Le gouvernement estime qu\'avec les 20 milliards d\'allègements prévus avec le crédit d\'impôt pour la compétitivité et l\'emploi (CICE), il a fait sa part du travail. Il n\'en reste pas moins que d\'autres pistes sont à l\'étude pour éventuellement transférer une partie du financement de la protection sociale, actuellement assuré par les cotisations des entreprises (la politique familiale), vers l\'impôt. Il faudra attendre le rapport définitif du Haut conseil au financement de la protection sociale à la fin de l\'année pour y voir plus clair. Va-t-on ainsi vers une hausse de la CSG ou de la TVA pour « remplacer » les cotisations ? S\'agissant de la TVA, cela semble difficile puisque sa hausse est déjà prévue pour le 1er janvier 2014 afin de financer le CICE. En tout état de cause, c\'est à peine si cette question a été abordée à la conférence sociale, même si une table ronde était consacré à ce sujet.Quel avenir pour l\'assurance chômage ?Reste un autre point, fondamental, alors que le nombre des demandeurs d\'emploi bat des records : l\'avenir de l\'assurance chômage. Certes, ce sont les organisations patronales et syndicales qui gèrent paritairement l\'Unedic. C\'est donc à eux qu\'il revient de fixer les règles d\'indemnisation, même si, in fine, l\'Etat doit tout de même agréer la convention. Il n\'empêche qu\'il est curieux que la question de l\'assurance chômage n\'ai été quasiment pas abordée lors de la conférence. Le régime va connaître cette année un déficit cumulé dépassant 18,4 milliard d\'euros. Et, à l\'automne, va s\'ouvrir une très importante et difficile négociation pour fixer les nouvelles règles de d\'indemnisation à compter du 1er janvier 2014. Une négociation qui va concerner des millions de personnesCette négociation est tout aussi cruciale que celle prévue sur la réforme de la formation professionnelle. Elle va concerner des millions de personnes. Va -t- on aller, comme en Allemagne, vers un durcissement drastiques des règles d\'indemnisation (retour de la dégressivité des allocations, plafonnement de l\'indemnisation) pour réaliser des économies ? Et ce en période de chômage de masse, alors que l\'assurance chômage sert d\'amortisseur social. Cette question fondamentale, patronat et syndicats l\'avaient en tête lors de la conférence sociale. Ils savent que ce chantier les attend à la rentrée. C\'est une partie du « monde réel » évoqué par Jean-Claude Mailly. Bref, beaucoup de non-dits lors de cette conférence...

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