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Les épineux dossiers européens qui attendent le gouvernement Merkel III

La Tribune

Publié le 25 septembre 2013 à 21:03 - Mis à jour le 25 septembre 2013 à 21:03

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Quelle que soit la couleur de la prochaine coalition allemande, son programme européen sera très chargé. Et, surtout, son action sera décisive, car c'est la position allemande qui a souvent empêché plusieurs dossiers d'avancer. Tour d'horizon de ces chantiers et des solutions que pourraient apporter le gouvernement Merkel III.La GrèceLa crise grecque est loin d'être achevée. Certes, Athènes a dégagé un excédent primaire sur les huit premiers mois de 2013. Certes, le gouvernement Samaras assure que l'économie va bientôt se stabiliser. Mais tout ceci ne règle pas le fond du problème : le plan du mémorandum de mars 2012 était trop optimiste et la Grèce ne pourra se financer seule à partir de la mi-2014 sur les marchés.Deux options se présentent alors. Une des solutions possibles constituerait à réduire le stock de dettes de la Grèce afin d'alléger le service de la dette et abaisser le niveau d'excédent primaire nécessaire à l'autofinancement du pays. Mais Angela Merkel et Wolfgang Schäuble ont exclu cette option durant toute la campagne.Il est vrai que, pour être efficace, cette troisième restructuration devrait impliquer les créanciers publics : BCE, MES et, pour l'Allemagne, la banque KfW. Le risque serait au moins pour les deux derniers de devoir demander l'activation des garanties des Etats pour éponger les pertes. Berlin devra alors payer pour Athènes. Et alimenter la demande de restructuration d'autres pays comme le Portugal et, pourquoi pas l'Italie.Angela Merkel ne veut donc pas en entendre parler et le bon score du parti anti-euro AfD pourrait la conforter dans cette vision. Du reste, son futur partenaire de coalition devrait être sur la même longueur d'onde.Deuxième option : la mise en place d'un troisième plan d'aide pour accorder un nouveau délai à la Grèce sans toucher à son stock de dettes. L'avantage de cette stratégie, c'est qu'on ne change rien : le MES emprunte sur les marchés la somme nécessaire. Le risque, c'est que l'on se retrouve dans deux ou trois ans dans la même situation qu'aujourd'hui, car on aura à nouveau augmenté la dette hellénique.Surtout, si ce troisième plan est conditionné à de nouvelles mesures « d'ajustement », on risque de mettre à mal la stabilisation de la croissance. Sans compter que de nouvelles coupes budgétaires pourraient peser lourd sur la situation sociale et politique de la Grèce, de plus en plus tendue. Pourtant, c'est bien cette option que Berlin devrait choisir, car elle permettra au gouvernement allemand de temporiser. Ce qu'Angela Merkel sait faire le mieux.PortugalLe Portugal est clairement - et malgré son retour à la croissance au deuxième trimestre - un des points chauds de cette rentrée. Et l'Europe risque de se retrouver face au même dilemme qu'en Grèce.Fin août, la Cour constitutionnelle lusitanienne a censuré pour la deuxième fois dans l'année des mesures d'austérité du gouvernement. Cette décision et la crise gouvernementale qui a failli emmené le pays à de nouvelles élections générales en juin sape progressivement la confiance des marchés envers le pays.Le retour rapide du Portugal sur les marchés semble donc compromis. Déjà, le 18 septembre, S&P a placé la note de Lisbonne sous « surveillance négative », invoquant la situation politique précaire.Le gouvernement portugais n'apparaît  pas aujourd'hui en mesure de respecter ses engagements de réduction de déficit. Dans ce cas, le pays ne pourra pas se financer sans l'appui européen après la mi-2014. La même solution - pour les mêmes raisons - qu'en Grèce pourrait être appliquée au Portugal, mais le problème, c'est que le consensus en faveur de l'austérité est très fragile dans le pays.Le rafistolage du gouvernement en juillet ne règle pas les différends de fond entre le parti social-démocrate du Premier ministre, qui veut faire du retour sur le marché une priorité, et son partenaire de droite, le CDS, qui veut se débarrasser de son image pro-austérité.Les élections municipales du 29 septembre et le budget 2014 qui doit être présenté le 15 octobre pourraient encore creuser le fossé au sein du gouvernement. Si celui-ci finit par se déchirer, la situation sera délicate, car il faudra pendant la campagne préparer le nouveau plan d'aide avec la Troïka.Surtout, il faudra que l'Europe obtienne l'assurance que l'opposition socialiste et le CDS  respecteront les engagements du pays en cas d'alternance. Il sera alors difficile pour le gouvernement Merkel III de résister à la demande de restructuration de la dette qui montera d'un peu partout.L'ItalieLa situation italienne va tenir l'Europe en haleine. Silvio Berlusconi pourrait perdre son immunité au Sénat et donc effectuer sa peine, si ce n'est en prison, du moins sous la forme d'une assignation à résidence.Mais qu'adviendra-t-il alors du gouvernement Letta ? La position du centre droit berlusconien reste pour le moment floue. D'un côté, on relance le parti historique du Cavaliere, Forza Italia, de l'autre, on tente de rassurer sur la « responsabilit頻 des ministres du centre-droit.Une chute du gouvernement d'union nationale d'Enrico Letta n'est donc pas à exclure, malgré les efforts faits par le président de la république Giorgio Napolitano pour éviter la crise. Dans ce cas, de nouvelles élections pourraient se tenir, débouchant, si les sondages disent vrai, sur un renforcement du centre-droit.Comment les marchés réagiront à cette situation ? S'ils s'enflamment (le taux italien a remonté ces dernières semaines), la BCE pourrait tenter d'engager son programme de rachat d'obligations illimitées, l'OMT, ce qui provoquera une forte résistance d'une partie de la droite allemande. Et fragiliser la position de Berlin.La SlovéniePlus que jamais, le seul pays ex-yougoslave de la zone euro inquiète. Certes, le nouveau gouvernement slovène avance dans la restructuration du secteur bancaire. Deux petites banques ont été liquidées début septembre. Mais les trois grandes banques du pays, qui croulent sous les mauvaises dettes et qui sont en partie détenues par l'Etat, n'ont toujours pas été assainies.Surtout, Ljubljana doit mener encore un programme de privatisation ambitieux. Le pays n'est donc pas à l'abri d'une mauvaise surprise quant au coût de la restructuration bancaire qui le contraindrait à demander l'aide européenne.Dans ce cas, le gouvernement allemand devra décider si, comme dans le cas chypriote, il décide, pour réduire la facture pour ses contribuables, de mettre à l'amende les déposants slovènes. Mais alors, le cas chypriote deviendra une référence pour les aides futures, affaiblissant le secteur bancaire européen dans son entier.L'Union bancaireC'est le gros morceau de cette rentrée. Si le principe de la supervision unique par la BCE est acquis, l'essentiel, c'est-à-dire la méthode de résolution d'une éventuelle crise bancaire, reste encore dans le flou.On ignore toujours comment seront sauvées ou liquidées les banques, et qui paiera pour ce sauvetage. Sur tous ces points, le rôle de l'Allemagne est déterminant. Le gouvernement Merkel II avait été très peu enclin à soutenir l'union bancaire et avait tout fait pour retarder sa mise en place. Qu'en sera-t-il de Merkel III ?Difficile à dire, car en réalité, une partie de l'affaire se joue à Karlsruhe. La décision attendue avant la fin de l'année de la Cour constitutionnelle sur l'OMT devrait poser encore des limites à l'engagement européen de l'Allemagne. Le renflouement direct via le MES des banques pourrait être inconstitutionnel, car il pourrait s'agir pour la Cour d'un transfert fiscal de l'Allemagne vers un autre pays de la zone euro.Angela Merkel, qui aura un œil en permanence sur la popularité du parti anti-euro AfD, voudra éviter d'être accusée de vouloir construire une « union des transferts. » D'où une stratégie, là aussi dilatoire, de réclamer une modification des traités européens qui ne prévoient pas, il est vrai, cette possibilité.D'où également la volonté de faire payer d'abord les actionnaires, voire les déposants, et les Etats avant le MES, ce qui réduirait à pas grand-chose l'intérêt de l'union bancaire. En réalité, on ignore ce que décidera le nouveau gouvernement allemand. Le partenaire de gauche de la CDU pourrait pousser à adopter une position plus souple. Mais l'épée de Damoclès de Karlsruhe risque d'être plus tranchante que la combinaison politique, car personne à Berlin n'est prêt à modifier la constitution pour l'union bancaireLa nouvelle architecture de la zone euroLa semi-victoire électorale d'Angela Merkel va-t-elle réellement affaiblir la position de la France dans les futurs dossiers européens ? En réalité, les positions pourraient ne pas réellement changer.Le SPD et l'aile droite des Verts ne sont pas des enthousiastes de François Hollande et de ses projets européens. Les euro-obligations ne sont toujours pas d'actualité et ne le seront sans doute pas. Le centre-gauche allemand ne prendra pas le risque d'une crise gouvernementale sur le sujet et, de toutes façons, Die Linke, qui s'est fait voler beaucoup de voix par AfD, y est opposée. Il n'y a donc pas de majorité pour ces instruments au Bundestag.Toute proposition allant dans le sens d'un plus grand fédéralisme devrait trouver une fin de non recevoir à Berlin où les députés de la CDU et surtout de la CSU chercheront à ménager l'élément eurosceptique de la population en se cachant, évidemment, derrière les décisions de Karlsruhe.On devrait donc en rester à une Europe cherchant avant tout l'assainissement budgétaire via les instruments existants. Les politiques de l'emploi, de la croissance et de l'innovation devraient rester très mesurées.

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