Un « vrai-faux » complot contre l'euro

C'est le « Wall Street Journal » qui met la conspiration sur la place publique. Et en une de son édition européenne. De grands fonds d'arbitrage, le mot pudique pour qualifier les fonds spéculatifs, auraient lancé des paris de grande envergure à la baisse contre l'euro. Des gérants de grands fonds, comme le SAC Capital Advisors ou le Soros Fund Management, du célébrissime spéculateur américano-hongrois George Soros, réunis le 8 février lors d'un dîner privé auraient estimé que l'euro, embourbé dans la tourmente grecque, tomberait « probablement » à parité avec le dollar et y ont vu l'occasion d'empocher d'énormes gains. Ce ne serait pas une première, puisque la monnaie unique est tombée jusqu'à 0,8230 dollar en l'an 2000, mais on n'a pas revu le niveau de 1 euro pour 1 dollar depuis fin 2002. En utilisant des effets de levier, qui permettent de gagner (ou perdre !) la mise initiale multipliée par vingt, c'est l'aubaine d'une vie qui peut se jouer si l'euro descend à un dollar, explique le journal.Logique inaboutie Prophète de malheur ou manipulateur à la solde des fonds en question, le « Wall Street Journal » ne va pourtant pas au bout de sa logique. Car personne n'a le pouvoir de faire la pluie et le beau temps sur le marché des changes, même pas la collusion de puissants fonds spéculatifs. Malgré la faille actuelle qui permet - histoire d'entretenir la psychose - de s'engouffrer sur un marché lilliputien, celui des CDS grecs, de faire artificiellement monter le coût de l'assurance contre le risque d'un défaut de paiement de la République hellénique et in fine d'agiter le chiffon rouge d'une explosion de la zone euro. CorrectionSi l'euro est retombé d'un point haut de l'année 2009 de 1,5130 dollar fin novembre, à un plancher de neuf mois à 1,3444 la semaine dernière, cette correction est avant tout celle d'une aberration : pendant plusieurs mois, le dollar, assorti de taux voisins de zéro, a été utilisé comme véhicule des stratégies de « carry trade », qui consistent à jouer sur les écarts de rendements. Ce qui l'a fait chuter comme une pierre.Rapport de forces Le retour de l'aversion au risque a, depuis, restauré son rôle de valeur refuge. Mais surtout, le rapport des forces entre les fonds spéculatifs et le marché penche de façon démesurée en faveur du second.Autant oublier 1992, lorsqu'en septembre de cette année, le même George Soros monte à l'assaut de la livre sterling et réussit, à coup d'assauts spéculatifs répétés, à la faire bouter hors du mécanisme de change du SME, qu'elle n'avait intégré qu'un an auparavant. La monnaie de Sa Majesté était alors dans une situation de surévaluation explosive et le marché a suivi Soros. Ensuite la livre ne représentait pas, loin s'en faut, la surface financière conquise par l'euro. Enfin, les volumes de transactions sur le marché des changes étaient cinq fois inférieurs. L'euro n'est pas la livre Aucun spéculateur, aussi puissant soit-il, ne pourrait aujourd'hui réserver à l'euro le sort alors dévolu à la livre. Certes, les positions courtes (vendeuses dans le jargon financier) nettes en euros des fonds d'arbitrage atteignent actuellement 63.000 contrats, selon les chiffres du Commodity Futures Exchange Trading (CFTC), le régulateur américain des marchés dérivés. C'est un record absolu depuis la naissance de l'euro, mais cela n'équivaut qu'à quelque 10 milliards de dollars de paris contre la monnaie unique. Or, il s'échange chaque jour sur le marché des changes le montant pharaonique de 4.000 milliards de dollars. Les paris en question ne sont donc qu'une goutte d'eau dans la mer et comme le fait remarquer Stephen Jen, le réputé stratège de BlueGold, les positionnements extrêmes sur les marchés dérivés sont le plus souvent le signe avant-coureur d'un débouclage imminent des positions.

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