La pensée économique dans l'action politique

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L'auteur a une solide culture économique. Il nous en fait la démonstration dans ce livre, à la fois très classique dans sa thématique ? retracer les grandes lignes de la pensée économique d'Aristote à Samuelson ? et novateur dans la façon de traiter le sujet. La volonté pédagogique du livre est évidente. Mais l'originalité de la démarche repose sur le souci constant d'illustrer les courants de pensée dans leur application concrète en matière de politique économique. C'est donc un voyage historico-économique que nous propose Jean-Marc Daniel, comme pour nous rappeler qu'économie et politique vont toujours de pair. C'est d'ailleurs une constante chez ce professeur d'économie, notamment au travers de ses chroniques pour le journal « Le Monde », de retracer l'évolution de la pensée économique à travers des personnalités qui ont incarné des ruptures de politique économique. D'où cette célèbre formule de François Quesnay, l'un des tout premiers à s'autoproclamer économiste : « Pauvres paysans, pauvre royaume?; pauvre royaume, pauvre roi ». Pour l'auteur, cette formule « traduit bien ce que va être la méthode de l'économiste : chercher à dépasser les apparences et analyser en profondeur la réalité sociale pour en tirer des lois de comportement et des recommandations à faire au décideur ». Ironie du sort, alors que la politique économique avait enfin acquis ses lettres de noblesse au tournant du siècle, la crise de 2008-2009 a tout remis en question et laissé les économistes face à leur raisonnement erroné et à leur manque de clairvoyance. Et c'est paradoxalement tout l'intérêt de ce livre aujourd'hui. Il tombe en effet à pic pour remettre la théorie à plat, décortiquer les mutations de la science économique, comprendre les conséquences de la pensée sur la politique économique, et se rappeler les fondements théoriques qui justifient ou critiquent la libre circulation des capitaux, la monnaie unique ou les déficits budgétaires. Bref, une sorte de remise à niveau toujours utile dans des temps brumeux.Sur la forme, l'auteur a donc privilégié des chapitres par grands courants de pensée (les physiocrates, les économistes classiques, le socialisme, les néoclassiques, les keynésiens...), chacun entrelardé de biographies des principaux théoriciens, de tableaux synoptiques, d'explications sur les développements en matière de politique économique, de citations ou de controverses. Les liens entre les différents courants de pensée, le contexte économique et politique dans lequel les économistes apportent leur écot au débat, sont également bien mis en lumière. Ce qui offre la possibilité d'une lecture relativement aisée d'un sujet qui ne l'est pas. On peut cependant émettre deux réserves sur le fond. Tout d'abord, sans nul doute, Jean-Marc Daniel est un libéral, plus classique que néoclassique, qui ne cache pas ses grandes réserves vis-à-vis de Keynes ou de toute politique budgétaire ou assimilée. Du coup, son histoire n'est pas totalement impartiale. Ensuite, on peut regretter que l'auteur n'ait pas développé ce qui est finalement sa conclusion. Autrement dit, l'état des lieux de la science économique aujourd'hui, trop brièvement évoqué, alors que bien des certitudes se sont envolées. E. B. « Histoire vivante de la pensée économique », de Jean-Marc Daniel. Editions Pearson (420 pages, 14 euros).

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