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Dette publique et épargne nationale

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Publié le 26 décembre 2010 à 22:23 - Mis à jour le 26 décembre 2010 à 22:23

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La crise de l'euro a au moins un mérite : elle met en lumière les effets pervers de la déréglementation financière, qui a donné au système financier le quasi-monopole de la transformation de l'épargne. Une épargne, que les banques internationalisent et font tourner de plus en plus vite, pour optimiser les performances. Ainsi, la dette publique française détenue par l'étranger est passée, en dix ans, de 30 % à plus de 70 %. Dans le même temps, les OPCVM français sont bourrés d'obligations publiques et privées de la zone euro. Or, une double crainte se fait jour pour 2011.Les États de la zone euro doivent trouver 1.000 milliards d'euros pour financer leur dette souveraine. La France, qui doit lever 185 milliards, sera plus que jamais suspendue au verdict des marchés et des agences de notation : « Encore un peu plus de rigueur, sinon vous paierez plus cher votre dette. » Nul doute qu'à Bercy on va passer quelques nuits blanches. Parallèlement, les épargnants, eux aussi, commencent à se faire des cheveux blancs. Avec la crise, ils découvrent que les placements en apparence les plus sûrs ne le sont pas forcément.Comment financer la dette publique et rassurer les épargnants ? Tout simplement, en faisant financer la première par les seconds. Et en inversant le mouvement d'internationalisation. Si l'on veut vraiment se sortir de la dictature des marchés et des agences de notation, il convient de leur enlever une partie de leur matière première, c'est-à-dire nos dettes et notre épargne.Comment expliquer que ces fameux marchés ne s'attaquent pas au Japon, dont la dette publique s'élève à 200 % du PIB (contre 85 % pour la France) ? Tout simplement, parce que l'épargne japonaise, fort abondante (17 % du revenu disponible, comme la France ou l'Allemagne), finance directement la dette publique, à travers La Banque Postale. Idem pour l'Italie (120 % de dette) dont les épargnants achètent plus de la moitié des bons du Trésor. Si la Grèce, l'Irlande mais aussi l'Espagne et le Portugal sont dans le collimateur, ce n'est pas tant en raison d'un niveau démesuré de leur dette publique mais parce que leur patrimoine financier et leur taux d'épargne sont trop faibles par rapport à l'endettement global.Ce n'est pas le cas de la France. Le seul patrimoine financier (hors immobilier) des ménages est évalué à 3.800 milliards d'euros, dont 1.300 milliards pour l'assurance-vie. Celui de l'État (toujours hors immobilier) se chiffre à 850 milliards d'euros. Soit un total d'actifs pour la maison France (hors entreprises) de 4.650 milliards. Face à cela, la dette des ménages est de 1.300 milliards, dont les trois quarts de crédits immobiliers. Et celle de l'État de 1.600 milliards. Nous avons donc un solde largement positif.Cette épargne est, dans la crise actuelle, un des atouts majeurs de notre pays. C'est elle qui peut nous permettre de rebondir. À condition de la sécuriser et de l'utiliser à bon escient en fonction des besoins du pays. Pourquoi ne pas commencer dès le début de l'année, en émettant des bons du Trésor perpétuels qui se substitueront progressivement aux OAT à court et moyen terme ? Ces bons seraient proposés directement aux épargnants. Leur taux tournerait autour de 4,5 % (on peut aussi en émettre avec une indexation sur l'inflation). « Mais cela va coûter une fortune ! » nous dira-t-on. La France n'émet-elle pas aujourd'hui des OAT à 10 ans à 3,30 % ? Certes, mais cela risque de ne pas durer : les taux vont monter. En outre, sur les 4,5 % versés chaque année, environ 1,5 % serait prélevé à la source pour la CSG et l'impôt (y compris pour les détenteurs non résidents). Ajoutons que les 3 % restants seraient réinjectés directement dans l'économie. Actuellement, les intérêts des OAT sont de facto défiscalisés.« Pour les placer directement auprès des épargnants, il faudra verser d'importantes commissions aux banques », objectera-t-on également. D'abord, cela se négocie. Ensuite, La Banque Postale et les réseaux mutualistes se feraient un devoir de proposer à d'excellentes conditions un produit conciliant l'intérêt national et celui de leurs clients. Le lobby financier poussera des cris d'orfraie. Bercy et les spécialistes en valeurs du Trésor, qui ont fait un remarquable travail pour internationaliser la dette publique, auront du mal à accepter cette nouvelle stratégie. Tant pis ! Ils doivent se faire à l'idée que les idées les plus simples ne sont pas forcément les plus simplistes. Et que le bon sens commande, pour un pays, de financer en priorité sa dette par son épargne.Par Jean-Michel Quatrepoint, journaliste économique

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