La Réserve fédérale décide qu'il est urgent d'attendre

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Guidée par ses colombes qui tiennent encore la dragée haute aux faucons de son conseil, la Réserve fédérale américaine se hâte lentement. A l'issue de sa réunion de deux jours, marquée par l'innovation la plus marquante de son quasi siècle d'histoire - la première conférence de presse du président de l'institution - la Fed est restée dans son splendide isolement sur la scène monétaire internationale. Alors que nombre de ses homologues du G20, Banque centrale européenne comprise depuis le 7 avril, ont entamé un cycle de durcissement des conditions de crédit, la banque centrale de Washington a maintenu son taux directeur dans la fourchette historiquement basse de 0 % à 0,25 % dans laquelle elle l'enserre depuis vingt huit mois. Taux, qui, ses « Sages » l'ont répété, seront maintenus « à un niveau exceptionnellement bas pendant une période prolongée », un code sémantique qui l'enferme dans une camisole de force en lui interdisant de sortir brutalement de la politique de taux voisins de zéro, sauf à risquer de déstabiliser les marchés. Mieux, alors que ses consoeurs se désengagent progressivement des stratégies non conventionnelles mises en place pour conjurer la crise, la Fed a indiqué qu'elle mènerait à son terme son deuxième programme de rachat de titres de dette publique. Ce fameux «QE2», annoncé début novembre, aura conduit la banque centrale de Constitution Avenue à engranger 600 milliards de dollars d'obligations publiques d'ici à fin juin, afin de soutenir l'activité et d'empêcher une dérive des rendements à long terme.Désengagement graduelLe diagnostic économique qui se dégage du communiqué - reprise modérée et poussée inflationniste passagère - de la Fed, ne laisse envisager, au mieux, qu'un désengagement graduel de la politique monétaire extrêmement accommodante menée depuis décembre 2008. Mais, à l'issue du prochain conseil de la Fed, le 22 juin, juste avant la fin programmée du QE2, Ben Bernanke, qui n'en sera plus à son baptême du feu, pourrait indiquer quand et non plus seulement comment et pourquoi la Fed compte mettre en oeuvre sa stratégie de sortie de crise. Car, à l'heure de la « glasnost » à l'américaine, cette quatrième des huit réunions annuelles de la Fed, sera également suivie d'une conférence de presse, qui seront désormais au nombre de quatre par an.Une chose est sûre: il faudra aux acteurs du marché des changes la mise en sommeil de la planche à billets et plus de lisibilité sur l'avenir des taux américains pour racheter le dollar, qu'ils ont laissé chuter mercredi à un nouveau plancher de seize mois face à l'euro, à 1,4715. Tant que s'accroîtront les écarts de rendements en sa défaveur, ils n'auront aucune raison d'interrompre leur nouvelle phase d'addiction au «carry trade».

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