Les réformes se font toujours attendre en Inde

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Mais où sont passées les réformes annoncées  de l'économie indienne ? Voici juste un an, le parti du Congrès remportait un deuxième mandat, lors des élections générales. Saluant une augmentation sensible du nombre de ses députés, les analystes s'accordaient sur un point : le gouvernement dirigé par le Congrès allait enfin pouvoir agir librement. Ce qui n'avait pas été le cas lors des cinq années précédentes, où le gouvernement n'avait pu rester en place que grâce au soutien des partis de gauche. Avec comme prix de ce soutien l'interdiction de tout ce qui ressemblait à une libéralisation de l'économie.De fait, libéré de cette tutelle encombrante, le nouveau gouvernement, dirigé, comme le précédent, par Manmohan Singh, a multiplié les projets législatifs. Avec trois projets de loi financiers assouplissant l'intervention de capitaux étrangers dans les compagnies d'assurance, les banques et l'assurance retraite. Puis un double texte clarifiant l'intervention des pouvoirs publics dans les achats de terres agricoles pour le compte d'industriels et prévoyant de bien meilleures indemnisations des paysans. Quant au projet de loi sur la responsabilité civile nucléaire, il est essentiel pour le démarrage effectif de la construction de centrales nucléaires. Un an après les élections, pourtant, aucun de ces textes n'a été voté. Il faut se rendre à l'évidence, « pour l'instant, la position du Congrès n'est pas sensiblement meilleure qu'il y a un an  », analyse Balveer Arora, professeur de sciences politiques à l'université Nehru de New Delhi. Car avec 207 élus, le parti est toujours dépendant de ses alliés pour obtenir la majorité de 273 voix à la chambre des députés. Et ces alliés sont fort peu fiables. Le Trinamool Congress, hostile à toute expropriation de paysan, bloque les lois sur les achats de terres ; ce parti et un autre allié clé, le DMK, s'opposent à tout ce qui semble favoriser les capitaux étrangers, etc.divisions au sein du CongrèsPire encore, sur un sujet comme le nucléaire « il y a des divisions à l'intérieur du Congrès, note Balveer Arora [pour qu'un texte passe], il faut à la fois un appui solide du gouvernement et du parti, plus le soutien des alliés, c'est très compliqué à gérer ».Si le gouvernement n'est pas menacé de tomber, au vu de l'émiettement de l'opposition, sa capacité à agir est en revanche limitée. Résultat, analyse un diplomate occidental, « depuis un an, beaucoup de choses sont entrées dans la machine législative mais il n'en est pas sorti grand- chose. Cela correspond aussi à la personnalité de Manmohan Singh et de Sonia Gandhi, la présidente du Congrès, qui préfèrent attendre un consensus plutôt que de forcer ».La conséquence, bien sûr, c'est le retard pris par des réformes que le gouvernement juge indispensables au développement du pays. Même si les brillantes performances de l'économie indienne, qui devrait croître de 8,5 % cette année, masquent le phénomène, il n'en est pas moins préoccupant. Un échec en particulier symbolise cette panne des réformes : la promesse non tenue d'instaurer un quota d'un tiers de sièges réservés aux femmes au Parlement national et dans les assemblées des états indiens. Historique, cette réforme constitutionnelle n'a depuis pas avancé d'un pouce. Car le premier vote n'a été obtenu que grâce à l'éviction physique des élus de divers partis représentant les basses castes, farouchement opposés au projet. Et depuis, le gouvernement a été sauvé lors d'une motion de censure sur le budget par ces mêmes partis... Un raté sur lequel est vite passé le Premier ministre, lundi dernier. Il a toutefois reconnu, lundi dernier, à l'occasion d'un bilan de son action : « Nous aurions pu faire davantage ».

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