Emploi : les hommes, premières victimes de la crise

Les hommes sont les premières victimes de la crise. C\'est en tout cas ce qu\'affirme l\'économiste Laurent Davezies dans son ouvrage \"La crise qui vient\" (Seuil). Un constat édifiant qui va dans le sens de la récente étude européenne démontrant le même phénomène à l\'échelle de l\'Union Européenne (UE). Ainsi, d\'après l\'économiste, au paroxysme de la précédente crise, entre décembre 2007 et décembre 2009, les hommes auraient subi 92% des pertes d\'emplois salariés privés. Au total, en deux ans, ce sont quelque 350.000 emplois masculins qui auraient été rayés de la carte, contre 30.000 emplois féminins. Des chiffres impressionnants, à tel point que Laurent Davezies avoue \"avoir pensé s\'être trompé\" en se penchant sur ces données purement quantitatives.Le professeur du Cnam va plus loin, soulignant que, depuis 1982, l\'emploi masculin, notamment chez les plus modestes, \"s\'effondre\". Laurent Davezies évoque ainsi \"un creusement terrible entre les classes moyennes et les couches du bas du tableau social\" ainsi que des \"bouleversements sociaux\" à venir.L\'accélération d\'une tendance ancienneMais selon l\'économiste, la crise de 2008-2009 n\'a \"fait qu\'accélérer une tendance ancienne\". Entre 1982 et 2006, les femmes ont ainsi bénéficié de 84% des créations nettes d\'emplois du pays (+3,4 millions de femmes actives occupées pour +0,6 million d\'hommes).Spécialiste des questions d\'économie régionale, l\'expert souligne que \"ce décalage en termes de genre se combine avec la diversité des situations locales\". Sur les 348 zones d\'emploi françaises, 136 ont vu leurs emplois salariés féminins progresser, alors que l\'emploi masculin n\'augmentait que dans 32.Un phénomène \"asymétrique\"Un phénomène dont la grande particularité est d\'être \"asymétrique\", précise Laurent Davezies. \"Ce sont les hommes du bas du tableau social qui ont souffert, et les femmes du milieu du tableau qui ont gagné\", analyse-t-il. \"L\'emploi des ouvriers, des artisans-commerçants, des agriculteurs a été frappé, pendant que les emplois féminins, créés massivement dans le même temps, l\'ont été notamment dans le secteur public\", poursuit l\'expert.Les femmes n\'ont pas été épargnéesL\'auteur explique en effet que \"ces femmes qui ont accédé à l\'emploi se situent souvent dans les ménages de la classe moyenne, là où les hommes, employés ou cadres moyens, ont été relativement épargnés\". Avant de nuancer : \"Je ne dis pas que les femmes ont été avantagées sur le marché de l\'emploi, mais qu\'elles semblent avoir moins souffert de la crise de 2007-2009\", rappelant \"la part plus faible de CDI (contrats à durée indéterminée) et l\'importance du temps partiel non voulu\" chez ces dernières.Car bien que les travailleurs masculins aient été plus touchés par la crise que les femmes dans un premier temps, les pratiques discriminatoires à l\'encontre des femmes se sont aggravées ces dernières années. Et ce à l\'échelle de l\'Europe, comme le rappelle un communiqué de l\'Organisation internationale du travail. Les femmes travaillant dans des secteurs à prédominance masculine ont ainsi été les premières à être licenciées ainsi qu\'à subir de plus importantes réductions de salaires que leurs collègues masculins.

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