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Tour d'Europe des systèmes bancaires (6/10): les banques britanniques, un concentré d'excès

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Publié le 28 janvier 2013 à 22:02 - Mis à jour le 28 janvier 2013 à 22:02

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Le système bancaire du Royaume-Uni est, par la taille, le troisième du monde après celui des Etats-Unis et du Japon. Il repose sur trois piliers: des grandes banques universelles, actives aussi bien dans la banque de détail que la banque d'investissement, comme Royal Bank of Scotland, Barclays, Lloyds ou Standard Chartered, des plus petits établissements spécialisés, par exemple dans le financement immobilier ou la banque privée et enfin, "hub" financier mondial oblige, les très importantes succursales ou filiales londoniennes des banques du monde entier. En Europe, il n'y a qu'à Malte que l'on trouve (en poids relatif dans le secteur bancaire) autant de succursales étrangères! Les Building Societies, entités mutualistes, qui, depuis la dérégulation de 1986, peuvent avoir des activités bancaires traditionnelles et représentaient, avant la crise, environ 20% du marché des dépôts et des prêts immobiliers, se sont petit à petit transformées en banques et ont vu leur nombre et leurs parts de marché diminuer.L'activité bancaire a explosé au cours de la décennie qui a précédé la criseDans la décennie qui a précédé la crise, l'activité bancaire a explosé au Royaume-Uni, alimentée par la gigantesque bulle du crédit. Le financement immobilier s'est développé, notamment par le recours à la titrisation et les actifs bancaires ont triplé en dix ans pour atteindre 5.500 milliards d'euros en 2005. La part du revenu des banques non attribué aux intérêts a explosé, illustrant le rôle prépondérant pris peu à peu par les activités de banque d'investissement. Par ailleurs, un mouvement de consolidation engagé dès la fin des années 1970 a conduit à un rapprochement de certains grands réseaux bancaires: parmi les mouvements les plus importants, on peut citer: Midland rachetée par HSBC, National Provincial fusionnée avec National Westminster puis acquise par RBS, et enfin Halifax et Bank of Scotland fusionnées pour former HBOS. A l'aube de la crise, les banques anglaises, leaders mondiaux de la banque d'investissement et soutenues par des réseaux très solides, paraissent bien armées...La réalité fut bien amèreLa première victime de la crise s'appelle Northern Rock, une petite banque anglaise spécialisée dans l'immobilier et qui refinançait ses activités sur le marché de la titrisation. La fermeture du marché, la baisse de l'immobilier et un bank run ont contraint l'Etat à la nationaliser en février 2008. C'était un avant-goût de ce qui allait suivre, après la faillite de Lehman Brothers (et de sa filiale anglaise). Bradford & Bingley a été le second sur la liste des nationalisés, le 29 septembre. Les gros morceaux allaient venir. Face aux difficultés rencontrées par HBOS (rumeurs de bank run et portefeuille de prêts de très mauvaise qualité) le gouvernement britannique a incité Lloyds TSB à racheter HBOS. La transaction est annoncée le 18 septembre 2008. Au lieu d'un "bailout", le gouvernement britannique se retrouve alors avec deux "bailouts", puisque les pertes massives de HBOS entraînent Lloyds dans la tourmente, puis bientôt trois "bailouts", l'augmentation de capital de 12 milliards de livres annoncée par RBS en avril 2008 pour éponger les pertes liées à la désastreuse acquisition d'ABN Amro ne suffisant pas.Le gouvernement injecte donc 37 milliards de livres dans ces trois banques, s'y retrouve actionnaire majoritaire et se voit même contraint en 2009 d'y ajouter des contributions additionnelles. Barclays et HSBC, deux des quatre plus grandes banques du monde par la taille de leur bilan, parviennent à résister à la tourmente en levant des capitaux privés, de même que Standard Chartered qui, malgré son siège britannique, réalise 90% de ses profits en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie. Barclays bénéficie aussi d'un coup de chance extraordinaire avec l'échec de sa tentative d'achat d'ABN Amro en 2007.Après ces années mouvementées, à quoi ressemble l'industrie bancaire anglaise ?Elle est toujours immense par la taille (11.000 milliards de livres, soit 9 fois le PIB anglais, dont environ la moitié appartenant à des groupes anglais) et conserve des parts de marché très élevées, voire de numéro un mondial dans de nombreux domaines (changes, International Banking, dérivés de gré à gré, shipping, etc.) grâce aux nombreuses banques d'investissement étrangères implantées à Londres.Les bilans des établissements sont en cours d'assainissement, mais il reste clairement des difficultés notamment sur le plan du financement et de l'accès aux marchés de capitaux. Certaines banques vont avoir du mal à refinancer leurs échéances à des taux qui sont compatibles avec les marges d'intérêt de leurs prêts. Les banques ont cependant réussi à réduire la taille de leurs bilans de près de 20% et à accélérer la collecte de dépôts pour limiter les risques de refinancement. En particulier, les deux grands établissements nationalisés (RBS et Lloyds) sont en avance sur la mise en oeuvre des plans de restructuration imposés par la Commission européenne.A la différence, sans doute, de ce que l'on rencontre ailleurs en Europe, les sept grandes banques britanniques présentent aujourd'hui des profils très différents, le plus diversifié étant celui de Barclays et les plus axés sur les pays à forte croissance étant ceux d'HSBC et de Standard Chartered. Pour cette raison, il n'est guère pertinent de donner des chiffres de rentabilité ou de solvabilité agrégés. On peut quand même souligner que les banques très actives sur le marché domestique (Lloyds, Nationwide, Santander UK, RBS et, dans une moindre mesure, Barclays) restent fortement exposées au marché immobilier avec des prêts qui présentent souvent des LTV (loan to value) élevées et des ratios de couverture de seulement 50%, mais qu'en moyenne le secteur est bien capitalisé (core Tier au-dessus de 10%).Scandales en pagailleIl faut enfin souligner que les banques anglaises sont affectées par de nombreux scandales, parfois liés à des pratiques antérieures à la crise : manipulations du Libor, ventes inadéquates de produits d'assurance aux particuliers, manipulations sur les marchés, etc. Elles sont sévèrement sanctionnées par la FSA (le régulateur britannique) et peuvent avoir des amendes colossales à payer (plusieurs centaines de millions de livres) qui impactent sévèrement leur rentabilité.

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