L'empire du Milieu désormais dépendant de l'extérieur

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Un pied dehors, un pied dedans : l'attitude de la Chine vis-à-vis du monde extérieur est marquée par l'ambiguïté et les atermoiements. Cette indécision s'explique par un conflit entre la tradition du pays, qui le pousse à ignorer les régions situées au-delà de ses frontières, et les nécessités de son modèle économique moderne, largement dépendant de l'étranger. Jamais la Chine n'a été aussi intégrée à l'économie-monde qu'aujourd'hui, alors que les exportations pèsent pour un bon tiers du PIB et que l'investissement international apporte un carburant précieux à la croissance. Jamais le pays n'a été aussi dépendant de l'approvisionnement en pétrole et en matières premières, importés pour l'essentiel. D'où l'attention croissante que Pékin porte aux mers et aux détroits qui bordent la Chine, devenus stratégiques parce qu'y transitent les ingrédients de la croissance. D'où encore les investissements en Afrique, en Australie, en Asie du Sud-Est, en Asie centrale, dans les mines, l'énergie, le commerce, pour sécuriser l'approvisionnement de l'ogre chinois. Les réserves considérables du pays - près de 3.000 milliards de dollars - ont, elles aussi, contribué à tisser des liens puissants avec le vaste monde, et en particulier les États-Unis, puisqu'il a bien fallu placer ce tas d'or à l'étranger. Si la Chine s'est projetée au-delà de ses frontières, c'est donc par nécessité, pour pouvoir offrir à son 1,3 milliard d'habitants une croissance de 10 % annuelle, et non par choix délibéré. Ce n'est pas le résultat d'un projet, mais celui d'une progression quasi organique. Les relations politiques qu'elle a développées avec ses voisins et les autres grandes puissances restent marquées par la conscience de sa dépendance, tantôt sur le mode de l'humilité, tantôt sur celui de l'affirmation brutale de ses intérêts.Dans un premier temps, la crise financière a apaisé l'inquiétude fondamentale de la Chine, parce qu'elle a mis à bas les États-Unis et semblé épargner l'empire du Milieu, ainsi que tous les émergents. C'était le temps du triomphe chinois. Mais, depuis peu, Pékin ressent à son tour les effets de la surchauffe : excès d'endettement, inflation, bulles spéculatives sur l'immobilier. Sans oublier l'effet délétère du « printemps arabe », qui a fait tomber des régimes autoritaires qu'on croyait bien installés. Comme tous les pouvoirs, celui de Pékin ne souhaite qu'une chose, se maintenir. Pour cela, il lui faut créer chaque année les millions d'emplois urbains nécessaires à la stabilité sociale : c'est l'objectif primordial du pays, auquel est asservie la diplomatie. François Lenglet

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