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Angela Merkel est-elle si "égoïste" que ça?

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Publié le 29 avril 2013 à 21:04 - Mis à jour le 29 avril 2013 à 21:04

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Le parti socialiste a finalement dû renoncer à dénoncer « l\'intransigeance égoïste » d\'Angela Merkel. Le gouvernement, en cette année de célébration du cinquantenaire de la signature du traité de l\'Elysée, a refusé la confrontation avec l\'Allemagne. Rien n\'interdit pourtant de s\'interroger sur la réalité de cette « intransigeance égoïste. »Des garanties considérablesPremière constatation : Angela Merkel n\'est pas égoïste au point d\'avoir refusé toute solidarité avec le reste de la zone euro. Aussi a-t-elle, depuis 2010, accepté de garantir à hauteur de la participation allemande les prêts aux pays en difficulté. A la différence d\'un pays comme la Finlande, par exemple, Berlin n\'a jamais demandé des gages spécifiques à ses nouveaux créanciers alors qu\'elle n\'avait aucune obligation à soutenir des pays qui n\'avaient pas respecté le traité de Maastricht. En tout, le risque pris par l\'Allemagne n\'est pas négligeable : c\'est le plus élevé de tous les pays de la zone euro (puisque le PIB allemand est le premier de la zone) et s\'élève en tout aujourd\'hui à plus de 100 milliards d\'euros. Et en tout, l\'Allemagne a un potentiel de garantie au MES de 120 milliards d\'euros supplémentaires.Un choix très critiquéAngela Merkel est même allée plus loin en donnant, début août 2012, son feu vert au président de la BCE, Mario Draghi, pour qu\'il lance un programme de rachat d\'obligations souveraines, le fameux programme OMT, au détriment de la tradition d\'orthodoxie monétaire allemande. Pour sa politique de sauvegarde de l\'euro « à tout prix », la chancelière a, du reste, essuyé les plus sévères critiques de la part des économistes libéraux allemands qui considèrent que l\'Allemagne ne doit pas mettre en jeu sa propre crédibilité pour sauver des pays qui ont « vécu au dessus de leurs moyens » et qu\'on ne doit, sous aucun prétexte, monétiser la dette.De ces critiques est né un mouvement politique, Alternative für Deustchland (AfD), fondé par un économiste, Bernd Lucke, et qui cible surtout la politique européenne de la chancelière. Autrement dit, l\'accusation d\'égoïsme semble injuste alors même qu\'Angela Merkel doit faire face outre-Rhin aux accusations de ceux qui critiquent sa solidarité avec le reste de l\'Europe. De même, le terme d\'intransigeance semble excessif : la chancelière a fait beaucoup de concessions, sur des éléments qu\'elle-même aurait encore jugés inacceptables voici trois ans. Autrement dit, la chancelière a pris bien des risques pour tenir sa doctrine « si l\'euro échoue, l\'Europe échoue. »Première erreur : refuser l\'échec de la stratégie de dévaluation interneCeci étant dit, la politique européenne de l\'Allemagne est guidée par ce risque même. Angela Merkel a cherché à ne pas faire payer le contribuable allemand. Elle a, de ce fait, commis nombre d\'erreurs. La première a consisté à considérer qu\'une politique violente de consolidation budgétaire rapide permettrait de rétablir au plus tôt la crédibilité des pays périphériques et leur compétitivité. C\'était pour elle la meilleure façon d\'obtenir le remboursement des créances contractées par les contribuables allemands. Elle a pensé que tous les pays périphériques étaient irlandais ! Mauvaise - c\'est un euphémisme - anticipation puisque ces violentes dévaluations internes ont plongé les pays en question dans des récessions plus profondes et plus longues que prévu. Dès lors, non seulement les consolidations budgétaires devenaient plus difficiles, mais la cohésion sociale et la croissance potentielle de ces pays étaient mises à mal.Deuxième erreur : ne pas reconnaître la premièreLa deuxième erreur d\'Angela Merkel, signe d\'intransigeance, est de ne pas avoir réellement pris la mesure de cette première erreur et d\'avoir exigé la poursuite de la même politique. Là encore, il faut reconnaître que des concessions ont été faites, notamment dans le domaine des taux exigés par le FESF et le MES et des calendriers de retour aux objectifs. Mais évidemment, ce ne sont là que des concessions minimes : l\'essentiel de la logique de dévaluations internes est maintenu. En ne cessant de répéter, malgré l\'évidence, qu\'il n\'existe pas d\'opposition entre l\'austérité et la croissance, le gouvernement allemand a incité les agents économiques à anticiper des années d\'austérité. Aussi les consommateurs se gardent-ils bien de consommer et les investisseurs de s\'engager en zone euro. Et la conjoncture ne peut, elle, que se dégrader. Donnant encore davantage tort à la logique allemande.Troisième erreur : croire que l\'Allemagne serait épargnée par la criseAngela Merkel a commis une troisième erreur, cette fois marquée d\'un certain « égoïsme. » Celui de croire que son propre pays pouvait échapper à la récession causée par les corrections en cours dans les pays périphériques. Et qu\'ainsi, l\'Allemagne pouvait « impunément » imposée la rigueur aux autres pays de la zone euro. Son argument était fondé sur ce raisonnement : l\'essentiel de la croissance allemande se fait désormais en Asie. En continuant à vendre en Chine des biens d\'équipement, l\'Allemagne pouvait se soucier bien peu des déboires grecs ou même espagnols. L\'ennui, c\'est que ces déboires mêmes ont conduit à un ralentissement en Asie et à un rééquilibrage de la croissance chinoise vers des activités, comme le bâtiment, où les besoins en produits allemands sont moins importants. Par ailleurs, la crise européenne a effrayé les consommateurs allemands. Avec une croissance prévue de 0,4 % en 2013, l\'Allemagne ne sera pas épargnée par la crise.L\'intransigeance de ces derniers moisAucune de ces trois erreurs n\'a été reconnue par le gouvernement allemand. Bien au contraire, depuis quelques mois, la position allemande semble se durcir. Berlin a ainsi refusé, d\'accord avec Londres, de donner plus de moyens au budget européen, a tenté de faire taire le débat entre croissance et austérité, semble refuser toute aide directe de la BCE aux PME des pays périphériques autant qu\'une baisse des taux, et a imposé une contribution interne de Chypre à son propre sauvetage.Pourquoi ? A la fois par « égoïsme» et par réalisme. Angela Merkel sait que l\'intérêt de l\'Allemagne est de demeurer dans la zone euro, parce qu\'un retour au mark ruinerait sa compétitivité. Mais, à l\'inverse, elle ne veut pas que un prix de l\'euro réajusté la pénalise . Voilà pourquoi elle refuse toute solution « fédéraliste » qui socialiserait les dettes de la zone euro ou toute relance interne de l\'Allemagne qui nuirait à sa compétitivité. Reste donc une seule solution : celle d\'une Europe constituée de nations solidaires sous conditions. Cette solution présente un intérêt non négligeable pour Angela Merkel : celui de lui donner une position forte dans la campagne électorale.Une stratégie électorale gagnanteGrâce à sa politique, la chancelière a réussi ce tour de force de faire à nouveau aimer l\'euro aux Allemands. Parce que, précisément, ils pouvaient y voir un digne successeur du deutsche mark s\'assurer que les autres pays devaient faire des efforts pour y avoir droit. Cette politique de l\'euro au mérite permet à Angela Merkel de se distinguer des sociaux-démocrates très fédéralistes et des eurosceptiques. Elle ôtent à ces derniers un argument de poids en se présentant comme le défenseur le plus sûr des intérêts allemands en Europe par son intransigeance modérée. Et pour le moment, cette stratégie est gagnante sur le plan électoral. Même si, pendant ce temps, la zone euro perd du temps et risque de s\'enfoncer dans la récession...Allemagne comprise.

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