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Pas de sortie de crise sans consensus

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Publié le 29 septembre 2010 à 23:59 - Mis à jour le 29 septembre 2010 à 23:59

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Regardons ce qu'il se passe en Grèce et en Espagne. On nous avait d'abord promis un défaut souverain. Puis, après les décisions économiques dures des gouvernements Papandréou et Zapatero, on devait avoir des émeutes sociales, sur fond de récession. Rien de tel ne se passe. Pourquoi?? Parce qu'il y a, au fond, un consensus sur les mesures prises. Rien n'est fini bien sûr, mais au moins les choses vont bien mieux que prévu.Et pourtant, l'exercice de sortie de crise est compliqué, parce qu'il est contradictoire. D'un côté, il s'agit de réduire les déficits publics et sociaux. D'un autre, il faut soutenir la reprise économique. Mais réduire les déficits, c'est soit augmenter les taxes soit, plus sûrement encore, couper dans les dépenses. Monter les taxes, c'est réduire le revenu disponible, couper dans les dépenses, c'est pareil... Sauf que les dépenses coupées n'ont plus, par construction, à être financées?: c'est ainsi que les anticipations entrent dans le débat. Enfin?! Réduire le déficit par l'impôt ou par la dépense n'est pas, en réalité, pareil.Il ne s'agit pas d'opposer une logique dite d'équivalence ricardienne à une autre dite keynésienne. La logique dite ricardienne est celle où les charges publiques à payer sont intégrées par les ménages, qui font des calculs rationnels. Ils augmentent par avance leur épargne et réduisent d'autant leurs dépenses courantes. La logique dite keynésienne est celle où le revenu soutient, par la dépense, l'activité de période en période, ce qui réduit d'autant le déficit budgétaire. Ricardiens contre keynésiens, entendez droite contre gauche, on adore en France?! Mais le débat est faussé, pour la bonne raison que le multiplicateur keynésien n'est pas stable. La fameuse propension marginale à consommer varie, en effet, de période en période, précisément en fonction des idées sur le futur que nous nous faisons. Et c'est là que les anticipations reviennent, là aussi.Autant le dire, la sortie de crise est pour une bonne part un processus de gestion des anticipations. Il s'agit, d'un côté, de dire que la réduction du budget se fera surtout par les dépenses, pour ne pas alimenter une inquiétude sur le financement qui ferait monter l'épargne. Mais il s'agit de dire aussi, et peut-être surtout, que des politiques vont être mises en place pour stimuler la croissance, alias le revenu, et que le simple maintien du taux d'épargne suffira donc.Il n'y a aucune raison d'en rajouter en matière d'inquiétude. On voit à quel point le débat passe assez vite vers la croissance privée. Il ne s'agit donc pas d'opposer demande de gauche à offre de droite, mais de combiner réduction structurelle de la demande publique et augmentation de la demande privée, qui passe par l'investissement et l'innovation. Schumpeter, si l'on veut.Et c'est là, puisqu'il s'agit de convaincre, que le consensus intervient, comme base et renforcement des anticipations. Si les agents ne sont pas convaincus de la nécessité du rebalancement privé-public, donc de la nécessité de faire des économies publiques avant la reprise privée, et s'ils ne sont pas davantage convaincus de la nécessité de réformes privées sur les marchés du travail et des produits, en d'autres termes de flexibilité, l'opération sera compliquée. Pour ne pas dire pire.Mais tout ne se passe pas dans les têtes et ne se résume pas à des politiques de sensibilité libérale. Il faut utiliser ce que le consensus permet de faire et ne pas faire croire que des logiques libérales suffiront. Il ne s'agit pas seulement de « demander » des adaptations plus rapides aux changements, il faut renforcer la politique d'offre. C'est là que les pôles de compétitivité entrent en jeu, avec les soutiens aux PME et aux territoires et des politiques plus européennes.Le débat sur les retraites montre le travail d'explication et de responsabilisation à mener. En réalité, notre situation est fragile, plus pour des raisons idéologiques qu'économiques. C'est donc la responsabilité des leaders de tout bord de nous dire ce que, au fond, nous savons déjà, pour nous ajuster. Faire peur ne sert à rien, puisqu'il ne s'agit pas de « faire payer » quelqu'un, mais surtout de produire plus et d'être davantage compétitif. Il faut apprendre à gérer plus serré, ensemble.

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