Marée noire  : un fiasco sur toute la ligne

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Noir, c'est noir. Il n'y a plus d'espoir de colmater, dans l'immédiat, l'énorme fuite de pétrole causée par l'explosion, le 20 avril, d'une plate-forme de forage exploitée par BP dans le golfe du Mexique. Pas avec les moyens utilisés jusqu'à présent tout au moins. La dernière tentative, consistant à injecter de la boue dans le puits pour stopper l'hémorragie de brut, baptisée Top Kill, a échoué ce week-end. Le pétrole sous pression continue de jaillir du fond de la mer, à 1.600 mètres de profondeur. La marée noire qui, souille déjà une partie des côtes de Louisiane, ne peut que s'étendre pour l'instant. D'autant que les quantités de pétrole qui se déversent par la brèche sont beaucoup plus élevées qu'annoncé à l'origine : quelque 12.000 à 25.000 barils par jour, au lieu des 5.000 barils avoués auparavant par BP.Le désastre écologique, dans cet environnement unique, pourrait être incommensurable. Malgré les barrages flottants mis en place, des oiseaux sont déjà empêtrés dans du brut particulièrement lourd et visqueux, des huîtres et des crevettes sentent le fioul, des champs de canne à sucre sont ravagés. La saison des ouragans qui débute pourrait encore aggraver la situation, en agitant les eaux du golfe. La Louisiane, qui se remettait à peine du passage dévastateur de Katrina, en 2005, n'avait pas besoin de cela.marée sans précédentLes autres protagonistes de ce drame non plus, d'ailleurs. C'est vrai pour BP, pour l'administration fédérale américaine et pour le président Obama. Seuls les partisans des énergies renouvelables peuvent espérer un regain d'attention de la part des élus et des citoyens pour leurs alternatives à la dépendance au pétrole. Et encore. Les Américains, qui entament leur « driving season », celle qui consiste à prendre sa voiture pour partir en vadrouille avec le retour des beaux jours, ont encore du mal à se sevrer d'or noir. Et si l'émotion avait été forte en 1989, après le naufrage de l'« Exxon Valdez » en Alaska, tout était ensuite redevenu comme avant. Selon les spécialistes, l'actuelle marée noire sera bien pire que celle qui avait noirci les neiges de l'Alaska.Parmi les Américains, le désespoir le dispute à la colère. Car cette affaire n'aura été qu'une succession d'erreurs, de cafouillages, de bévues. Selon le « New York Times » de ce dimanche, le puits exploité par BP avait montré, avant l'explosion d'avril, plusieurs faiblesses. Des signes annonciateurs d'une catastrophe s'étaient fait jour, sans qu'aucune mesure ne soit prise. Quant à l'administration Obama, elle a fait preuve d'une bien grande naïveté en pensant que l'industrie allait gérer le problème. Après l'echec de la stratégie Top Kill, BP, qui s'est dit « déçu », a lancé un nouvel assaut, en tentant de fixer une nouvelle cloche sur la fuite. Et si cette nouvelle tentative échoue également, le président Obama s'est réservé le droit de « prendre des mesures ».L'heure des comptes n'a pas encore sonné, mais la facture, pour tous les acteurs de cette affaire, pourrait être très lourde.

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