« Le secret de la réussite polonaise, c'est le consensus sur les réformes »

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Zygmunt Berdychowski, président du Forum économique de Krynica, le « Davos de l'Est »La Pologne commémore aujour-d'hui les trente ans des accords de Gdansk de 1980, qui légalisèrent le syndicat Solidarnosc. Le chemin parcouru depuis est impressionnant. Après la glaciation de 1981-1988, le pays a été le premier du bloc de l'est à négocier la mise en place d'institutions démocratiques ; le premier aussi à mettre enoeuvre une « thérapie de choc » qui s'est révélée salutaire pour passer rapidement du communisme à l'économie de marché. À partir de 1993, la Pologne a connu dix-huit années de croissance ininterrompue, y compris pendant la crise mondiale de 2009. Zygmunt Berdychowski, qui a créé le Forum économique de Krynica au début de la transition, revient sur les « Vingt Glorieuses » qu'a connues la Pologne. La plupart des pays de l'ancien bloc communiste, à l'instar de la Hongrie, ont subi très durement la crise économique et financière. La Pologne fait figure d'exception. Pourquoi, selon vous ? Je pense que c'est dû au fait qu'après 1989, les changements ont été le résultat d'un accord entre les autorités communistes et l'opposition. Les deux parties ont consenti à mener des réformes, conscientes que c'était le seul chemin pour assurer le développement de la Pologne. Ainsi, en 1993, quand les post-communistes ont repris le pouvoir, les réformes ont été continuées, personne n'a essayé de les arrêter. C'est grâce à cet effort commun de vingt années que nous avons réussi à faire plus que certains de nos voisins. Durant la crise, quand la Pologne enregistrait 1 % de croissance, d'autres pays comme la Lituanie, la Lettonie et l'Estonie ont connu une récession de quelque 15 %. En Hongrie, la situation actuelle, très grave, est aussi le résultat d'un manque de consensus. Quand les socialistes y ont repris le pouvoir, au lieu de continuer les réformes, ils se sont mis à gaspiller tout l'acquis des années précédentes. Vous avez personnellement participé à l'aventure de Solidarnosc. A-t-elle influencé le modèle polonais d'aujourd'hui, par exemple les relations sociales ? Solidarnosc n'a pas imprimé sa marque sur le modèle de fonctionnement actuel de la Pologne, et c'est peut-être dommage. Le but du mouvement, c'était la souveraineté du pays, la liberté. Par l'intermédiaire de Solidarnosc, une part importante de notre société a protesté contre le système communiste, l'hypocrisie, la détérioration des conditions de vie et une paralysante absence de perspectives. Par la suite, les relations qui se sont installées entre les autorités politiques, les employeurs et les syndicats sont celles d'une économie de marché comme les autres. Entre l'intégration européenne, le développement d'une économie de voisinage (avec l'Ukraine, la Russie, la Biélorussie...) et la mondialisation, comment se situe la Pologne ? Dans cette partie de l'Europe, la Pologne peut être considérée comme un pays leader. Nous sommes à l'origine de nouvelles solutions, sans équivalent dans la zone anciennement sous influence soviétique. Nous avons prouvé qu'une politique de réformes très profonde, jointe au développement d'un système démocratique, donne de très bons résultats. Nos voisins profitent pleinement de notre expérience. Le Forum économique de Krynica est un lieu d'observation exceptionnel. Personnellement je souhaiterais qu'il soit l'endroit où l'Ouest vienne apprendre tout ce qui se fait d'important à l'est du Vieux Continent. La Pologne est le principal pays bénéficiaire net du budget européen. Mais Paris et Berlin refusent de prolonger ces aides au même niveau entre 2014 et 2020. Comment Varsovie peut-elle convaincre l'axe franco-allemand ?Il y a de bonnes raisons économiques pour maintenir le soutien financier à la Pologne. Si les entreprises de l'Ouest veulent accéder à notre marché de 40 millions d'habitants, elles doivent aider à la construction d'infrastructures de transport qui soient aux normes européennes. De bonnes routes et des chemins de fer modernes facilitent l'accès à une main-d'oeuvre bon marché, instruite et talentueuse. L'aspect social est aussi important. Sans une forte croissance en Pologne et chez ses voisins, les jeunes partiront à l'Ouest pour chercher de meilleures conditions de vie. Si la France et l'Allemagne ne veulent pas voir arriver un nombre sans cesse croissant de travailleurs de l'Est, il faut qu'elles maintiennent l'aide au niveau actuel. Chaque euro consacré aux investissements en Pologne, c'est un euro épargné dans le budget social en France, Allemagne ou aux Pays-Bas. Chaque kilomètre de nouvelle route dans notre pays, c'est une augmentation mesurable des exportations de services, de biens et de technologie en Grande-Bretagne, en Italie ou en Espagne. En un mot, faciliter les échanges avec la Pologne est dans l'intérêt l'Union européenne. Propos recueillis par Sophie Gherardi

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