Elle fume des Vogue mentholées « Originals », une denrée rare qu'elle ne trouve qu'aux îles Caïmans, dans les Caraïbes. Mouna Ayoub en revient justement. Dans ses valises, des robes de couturiers légères comme ses cigarettes. De passage à Paris, avant de retrouver son appartement de Monaco, elle dort à l'Hôtel Costes et reçoit dans un salon capitonné de ce palace du faubourg Saint-Honoré. Le 20 novembre, la société Maurice Auction mettra en vente aux enchères 252 tenues Chanel dessinées par Karl Lagerfeld dans les années 1990, issues de son exceptionnelle garde-robe haute couture. Des merveilles de dentelles, de mousseline et de taffetas, des œuvres d'art acquises au fil des années et des défilés qu'elle n'a presque jamais portées.
La collectionneuse possède en tout 2 700 pièces des plus grandes maisons. Elle en a déjà vendu par le passé, avec succès ; l'une de ses vestes a même atteint le montant record de 175 500 euros en 2019. « Je m'en sépare tristement mais je ne peux plus porter ces vêtements », dit-elle d'une voix grave. Et puis il faut faire de la place. À 66 ans, Mouna Ayoub continue de remplir ses dressings de créations uniques et sur mesure. Lagerfeld disparu depuis quatre années, l'avisée sait que ses modèles devraient se vendre à des prix très élevés. Plusieurs musées seraient intéressés, des acheteuses privées également, « des jeunes femmes fortunées qui rêvent de porter des vintages de Karl », précise notre experte. Elle est vêtue ce jour-là d'une robe courte et de bottes en vinyle siglées des deux C entrelacés de Coco, « du prêt-à-porter », nuance-t-elle. Son existence semble facile. Luxueuse. Frivole ? Pas si sûr. L'histoire qu'elle raconte est une odyssée moderne des Mille et Une Nuits, un conte de fées sans prince charmant, du désert saoudien aux cabinets d'avocats américains. Elle en a fait un livre, un best-seller, La Vérité - Autobiographie, sorti en 2000 aux éditions Michel Lafon et vendu à 100 000 exemplaires.