Olivier Faure, une « pré-primaire » pour contraindre Glucksmann. La chronique politique de Pierre Lepelletier

Découvrez la chronique politique de Pierre Lepelletier.
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Olivier Faure aime bien le football, et suivra sans aucun doute la Coupe du monde organisée en Amérique du Nord qui débute le 11 juin. Peut-être s’inspire-t-il du nouveau format – plus d’équipes avec plus de tours d’élimination – pour trouver une voie de sortie au blocage dans lequel est coincée la gauche non-mélenchoniste pour trouver un candidat commun. Devant les siens le 31 mai au soir, le premier secrétaire du PS a ainsi proposé une sorte de tour préliminaire via une « pré-primaire » limitée à « l’espace de la gauche socialiste et social-démocrate ».
Seraient invités à participer l’ensemble des sympathisants qui se reconnaissent dans ces valeurs. Le vainqueur prendrait ensuite part, dans un second temps, « à un départage ouvert au reste de la gauche » hors LFI, par la fameuse primaire qui peine à voir le jour, ou par un autre moyen. L’entourage du premier secrétaire a fait savoir à la presse le 2 juin au soir que ce dernier comptait soumettre cette stratégie au vote des militants socialistes « au plus tard » le 9 juillet.
Avec cette nouvelle proposition, Olivier Faure s’illustre davantage comme un joueur d’échecs niveau expert que comme un footballeur professionnel. Par cette « pré-primaire », le socialiste cherche avant tout à contraindre Raphaël Glucksmann de s’inscrire dans un processus collectif de désignation. Jusqu’à présent, le cofondateur de Place Publique a toujours refusé de participer à une primaire de la gauche non-mélenchoniste au regard des divergences trop importantes avec certains concurrents dont les anciens de LFI François Ruffin et Clémentine Autain.
L’entourage d’Olivier Faure estime que cette étape intermédiaire lève en partie cet obstacle. Surtout, le premier secrétaire sait que Raphaël Glucksmann ne pourra pas se passer du soutien du PS s’il veut mener à bien sa campagne présidentielle. « S’il a tant besoin qu’on le soutienne, alors qu’il joue le jeu », prévient un proche du chef des socialistes.
Dans un tel processus, l’entourage d’Olivier Faure estime par ailleurs que leur patron a un coup à jouer. S’il se retrouve en lice face à Raphaël Glucksmann, le premier secrétaire pourrait prétendre aux votants être le mieux placé pour s’entendre ensuite avec le reste de la gauche et donc garantir une candidature commune, lui qui s’est toujours battu pour. Au risque de plomber la dynamique du député européen qui est pour l’instant le seul à gauche à faire jeu égal avec Jean-Luc Mélenchon dans les sondages ?
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Les « fauristes » minimisent puisqu’ils ont toujours considéré que son score au-dessus de la barre des 10 % représentait avant tout le poids de l’espace social-démocrate, et qu’il serait donc calquable à n’importe quel autre candidat socialiste une fois lancé en campagne.
Reste à savoir jusqu’où ira ce nouveau ballon d’essai. Pour soumettre cette stratégie au vote des militants d’ici le 9 juillet, Olivier Faure doit déjà convaincre le conseil national du PS, instance interne dans laquelle il ne dispose que d’une majorité relative. Le premier secrétaire doit s’assurer du soutien d’une partie de ses opposants, alors que nombre d’entre eux se plaignent d’avoir découvert sa proposition dans la presse… Si le principe est bien validé, il faudra ensuite embarquer Raphaël Glucksmann.
Pour l’heure, les cadres de Place Publique n’ont pas commenté. En privé, un proche de l’eurodéputé regrettait que ce nouvel épisode, toujours plus complexe, soit du temps perdu pour parler directement aux Français. Et interrogeait : « Jusqu’à quand la gauche va-t-elle se parler à elle-même ? »
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