Paris capitale de l'Afrique

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Le marché mondial de l'art primitif est aujourd'hui concentré à Paris. Deux ventes de très, très haut niveau y ont lieu. Avec de nombreux lots au dessus de 100.000 euros...

Les toutes récentes ventes d'art moderne et contemporain ont obtenu des enchères particulièrement élevées, avec des prix millionnaires, prouvant que le marché de l'art, après avoir connu une (petite) période d'incertitude, connaît désormais la reprise, voire une euphorie. Outre l'arrivée de nouvelles fortunes émergentes prêtes à payer cher pour montrer sa réussite sociale, les spécialistes notent aussi le retour d'oeuvres de très bon niveau, que leurs propriétaires avaient jusque là gardées dans l'attente de prix aujourd'hui plus élevés. Ainsi à New York, en moins de deux semaines de novembre, le total des enchères a atteint 1.283.695.300 dollars (943,6 millions d'euros), proche du record de 1,3 milliard obtenu en 2006, année de toutes les spéculations.

C'est sur cette tendance que surfent actuellement les arts primitifs, pièces recherchées tant par les collectionneurs fortunés de peintures du XXème siècle que par les amateurs aisés en quête d'objets "à pedigree", d'objets dont on connaît l'origine et/ou l'ancien propriétaire, car en ce domaine les faux pullulent. Avec la présence des meilleurs experts, des plus grands marchands, des plus initiés collectionneurs et la renommée du musée du Quai Branly, Paris maintient davantage encore sa place comme capitale incontestable de ce secteur très actif du marché de l'art.

Deux ventes viennent confirmer cette domination, avec des estimations ayant déjà intégré la hausse continue des adjudications, nombre de lots dépassant les 100.000 euros (sans les inévitables frais allant jusqu'à près de 30% du prix marteau !).

La première est organisée en sa salle des ventes par Sotheby's France et se décompose en deux parties. Les cinquante premiers lots viennent d'une collection new-yorkaise particulièrement remarquable, comprenant notamment un masque Songye de la RDC (100.000 euros), une statue d'ancêtre Hemba de la région de Mbulula (170.000 euros), une rare statue Mumuyé du Nigéria (250.000 euros), un puissant torse Dogon Djennenké (150.000 euros) dont un autre exemplaire plus important et plus complet offert par Axa (400.000 euros à l'époque) accueille depuis son inauguration les visiteurs du musée du Quai Branly, la pièce vedette de cette première partie étant une tête Fang du Gabon qui devrait être adjugée autour de 700.000 euros.

Plus hors norme encore est la vedette de la deuxième séance, un siège à cariatide Luba collecté en 1899 par le belge Harry Bombeeck, une pièce exceptionnelle, non visible depuis trois générations. Exceptionnelle, car elle figure au Panthéon des initiés, réalisée par l'emblématique "Maître de Buli", un artiste congolais dont à peine une vingtaine d'oeuvres sont répertoriées en fonction de la qualité de son travail au XIXème siècle. Ce siège unique est considéré comme une de ses plus fines réalisations. Le million d'euros devrait être (largement ?) dépassé.

Les moins fortunés, mais disposant tout de même de plus de 15.000 euros, peuvent emporter un masque Bété de Côte d'Ivoire (20.000), une maternité Lobi du Burkina Fasso (25.000), un masque Marka du Mali (35.000), un singe mendiant Baoulé de Cote d'Ivoire (70.000), une tête perlée Bamikélé du Cameroun (100.000) ou un personnage Vili de la RDC (170.000).

Le lendemain, 1er décembre, à quelques avenues de là, Christies France met aux enchêres, également en deux parties, une centaine de lots d'art primitif, essentiellement africain. Avec en vedette six pièces de haute tenue en provenance de la collection Kahane, notamment un gardien de reliquaire Fang du Gabon estimé 700.000 euros, une figure en cuivre et laiton Kota (500.000 euros), un masque circulaire Baoulé (600.000 euros) ou une divinité Baga de Guinée (1,2 million d'euros).

Les autres lots demandent également un chéquier garni: un masque Sugu de la RDC (22.000 euros), un masque Yaouré de Côte d'Ivoire (22.000 euros), une maternité Fanti du Ghana (25.000 euros), une figure d'incercession Yombé (25.000 euros), une terre cuite Djénné du Mali (40.000 euros), une maternité Yombé Phemba du Congo (90.000 euros).

A noter que si l'art primitif, notamment africain, connaît des prix de plus en plus élevés, cela ne concerne que les pièces les plus notables: le tout-venant est fortement délaissé, car le marché est innondé de pièces rapiècées, d'objets volés ou, encore plus fréquents, de faux parfois superbement bien imités. Ici, la prudence est de mise.

Le 30 novembre, 16 heures, 76 faubourg Saint Honoré, 75008 Paris, renseignements: www.sothebys.com, et le 1er décembre, 15 heures, 9 avenue Matignon, 75008 Paris, renseignements: www.christies.com

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