Les banques russes vont doubler leurs bénéfices cette année

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La banque centrale prévoit une année record à peine trois ans après la crise, mais le secteur est phagocyté par les banques d'État.

Vladimir Poutine a promis jeudi de doubler le PIB russe d'ici à dix ans, mais la banque centrale fait mieux en annonçant que les profits des banques russes vont doubler dès cette année. Et les commentateurs sont davantage enclins à croire le vice-président de la banque centrale Guennadi Melikian, qui n'est pas en campagne électorale et dont les déclarations sont généralement prudentes.

« Si la barre des 900 milliards de roubles (22,4 milliards d'euros) est franchie, il ne s'agira pas uniquement d'un record absolu, mais d'un résultat deux fois meilleur que le précédent », s'est enthousiasmé jeudi Guennadi Melikian. Pour appuyer ses prévisions, il a révélé que, rien que sur le premier trimestre 2011, le secteur bancaire russe avait enregistré des bénéfices de 7,24 milliards d'euros, soit la moitié des bénéfices du secteur de l'ensemble de l'année 2010. C'est le meilleur indicateur de toute l'histoire bancaire russe, alors que le précédent record sur un an, établi en 2007 à la veille de la crise, était de 12,6 milliards d'euros. En outre, sur la période de mai 2010 à mai 2011, le portefeuille de crédit des banques russes a augmenté de 17 %, a indiqué le directeur de la banque centrale de Russie Sergueï Ignatiev, qui fixe à 20 % les prévisions de croissance du portefeuille de crédit pour cette année.

Les prévisions des banques d'État restent plus modestes. Sberbank s'attend à une croissance comprise entre 27 et 37 % de ses bénéfices pour 2011, soit jusqu'à 2,6 milliards d'euros. La seconde banque d'État russe VTB table, elle, sur 43 % de croissance, soit 2 milliards d'euros.

Deux facteurs ponctuels ont cependant gonflé les résultats du premier trimestre et risquent de fausser les prévisions de la banque centrale. Les banques ont réalisé de grosses plus- values sur les marchés d'actions jusqu'à avril, mais une sérieuse correction se poursuit depuis. En outre, une importante « libération » des réserves exigées par la banque centrale lors de la crise a causé un afflux de liquidités sur les comptes des banques.

Un joli record ne doit pas non plus cacher une tendance moins encourageante. La politique d'acquisitions très agressive de Sberbank (Troika Dialog) et de VTB (Banque de Moscou) fait croître rapidement la part de l'État dans le secteur bancaire russe. Plusieurs banques étrangères ont baissé les bras, la dernière étant HSBC, qui a annoncé le 26 avril renoncer à bâtir un réseau de détail en Russie. Sberbank serait en outre en négociations pour racheter les opérations de Cetelem dans le pays.

Avantages injustes

Les experts sont partagés entre deux camps : les uns se lamentent du fait que les banques d'État bénéficient d'avantages injustes, comme un accès à des crédits meilleur marché ; les autres estiment que la consolidation du secteur presse (il reste plus de mille banques en Russie) et qu'il est logique que les banques d'État en prennent l'initiative. Les conditions du rachat de Banque de Moscou, la 6e banque du pays, sans que les banques privées aient voix au chapitre, démontrent une nouvelle fois que les règles ne sont pas les mêmes pour tous.

Arkadi Dvorkovitch, le conseiller économique du président russe, rassure en expliquant que le déséquilibre est temporaire : « Techniquement, cette transaction a augmenté la part de l'État dans le secteur, mais notre intention est de réduire notre part dans VTB et Sberbank, et d'augmenter la concurrence dans le secteur. »

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