A quoi s'attendre pour l'économie mondiale en 2020  ?

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Les tensions commerciales entre les États-Unis et le reste du monde sont la nouvelle norme. C'est une menace sans fin qui pèse sur la croissance mondiale.
Les tensions commerciales entre les États-Unis et le reste du monde sont la nouvelle norme. C'est une menace sans fin qui pèse sur la croissance mondiale. (Crédits : Reuters)
ANALYSE. Inégalités, faiblesse du politique, élections américaines, Brexit, tensions commerciales, énergies renouvelables et gaz naturel, taux bas... Revue des divers éléments qui influenceront la croissance de l'économie mondiale l'année prochaine. Par Didier Julienne, spécialiste des marchés des matières premières (*).

Alors que continuent de croître les inégalités de revenus, de richesse et d'accès à la santé à l'origine de protestations dans l'ensemble du monde, la confiance ne reviendra pas en 2020 tant que l'on souhaitera être jugé sur sa communication ou ses actes, au lieu de ses résultats. Il n'est pas certain que ces protestations s'éteignent si les indicateurs avancés de récession sont positifs, tel l'affaiblissement brutal de la croissance dans le travail temporaire aux États-Unis ; voire si la politique continue d'être en guerre contre le monde et que le comble de la contradiction d'un monde en révolte soit atteint alors que deux milliardaires, Donald Trump, sous une procédure d'impeachment, et Michael Blomberg, s'opposeraient l'an prochain au cours de l'élection présidentielle étatsunienne.

Tout est possible au Royaume-Uni

Dans la même rubrique « Les fous conduisent les aveugles », tout est possible avec les élections législatives de décembre au Royaume-Uni. Espérons qu'elles écriront le scénario de la saison 4 du Brexit, celle de la sortie effective, et la plus brève possible. La saison 5, celle du Scoxit brûle d'impatience.

Les tensions commerciales entre les États-Unis et le reste du monde sont la nouvelle norme. C'est une menace sans fin qui pèse sur la croissance, elle-même pourtant entretenue par des taux bancaires négatifs favorables à la dette et donc à terme source de dégradation des obligations des entreprises. Pour autant que les normes de notation ne soient pas elles aussi bouleversées, le stock d'High Yield continuera d'augmenter pour le bénéfice d'investisseurs appréciant le risque et en recherche de rendements élevés.

Les autres, éloignés plus que par le passé de l'acceptation du danger investiront dans les valeurs refuges : l'or, qui prend plus de place dans les portefeuilles au détriment des hydrocarbures, et l'immobilier. Toutefois, si ce dernier continue d'être le sauveur d'une croissance chinoise plus faible, et qu'il soutient l'acier à bout de bras, à Sydney, il est en baisse, et à Londres il devrait sortir affaibli des feuilletons du Brexit. Il reste à vérifier par l'expérience si ces tensions seront contagieuses ou à l'inverse continueront d'être profitables à d'autres marchés européens notamment Paris, l'Écosse, l'Irlande...

Les véhicules électriques, encore trop chers

Dans l'industrie, la montée en puissance de nouvelles filières électriques dans un contexte de crise économique sera dérangeante sous son aspect social. La réduction en 2019 des subventions chinoises sur les véhicules électriques (la Chine représente 50 % des ventes mondiales) pesait sur les ventes et 2020 ne s'annonce pas sous de meilleurs auspices. Une automobile électrique nécessite 30 % à 50 % de main d'œuvre en moins qu'une voiture classique, et cette baisse continuera au fur et à mesure que sa construction passera à l'impression 3D. La contraction des coûts est nécessaire pour que le prix de ces véhicules devienne accessible et contrebalance la réduction ou la disparition de subventions dont ils bénéficient.

En Allemagne, c'est la disparition des subsides en faveur du secteur éolien qui perturbe le modèle social et affaiblit le modèle économique. Ni l'un ni l'autre ne sont viables et à la fin de l'été, Senvion, le numéro 4 du secteur, faisait faillite (il était vendu à la découpe). De son côté, Enercon supprimera quelques milliers d'emplois. Les deux secteurs de l'automobile et des énergies sont vecteurs de croissance futures et se consolident dans cette perspective. Ainsi, les courbes d'expérience diminueront la demande de métaux dont les prix sont tous orientés à la baisse.

Plus de gaz naturel, moins de charbon

Du côté de la demande, la récession s'accompagne d'une réduction de l'offre des métaux qui limite leur dévaluation. La situation gaz naturel est différente. Sa production mondiale est en hausse et son empreinte carbone deux fois moins élevée que le charbon, mais ce dernier, qui a bien résisté en 2019, notamment autour de l'océan Indien et de la zone pacifique, verra son remplacement par du gaz s'intensifier en 2020. Les États-Unis substituent l'un à l'autre, la Chine a désormais accès à d'importants volumes de LNG et restreint l'importation de charbon. Il suffirait que la capture de carbone prenne son essor pour que le marché de la décarbonation, qui signifie moins de globalisation, prenne une vitesse de croisière.

Dans cette ambiance crisophile, l'optimisme économique est réservé au présent, voire au passé immédiat - c'était mieux avant- plutôt qu'au futur. Cela nous oblige à moins de narcissisme et plus de cynisme. Pour changer cette situation, il existe des choix tournés vers moins d'espérance et plus d'endurance. Ils devraient être plus scrupuleux et modérés en tout, y compris dans les commentaires.

(*) Le blog de Didier Julienne

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Commentaires
a écrit le 27/11/2019 à 19:48 :
2020 ?
Vous savez ? Les populations ont changé, elles ne sont ni celles d’après - guerre , ni avant internet ,

Vous «  avez » la population numérique et ses mystères..

Je crois au progrès , même si les riches aiment le capitalisme quand ça concerne leur portefeuille et leur patrimoine et appliquent les décrets communistes quand ça concerne les droits ( fondamentaux)des populations du monde qui travaillent dure à la sueur de leur front.

En ce moment là , même j’ai un pressentiment, que 2020 va être mieux que 2019 pour toutes les populations du monde 🌍 🤞
a écrit le 27/11/2019 à 11:36 :
Il existe encore dans ce forum des gens (suivez mon regard) qui ont une vision completement depasse de la Chine. Ce qui etait vrai il y a 20 ans ne l'est plus aujourd'hui (l'exportation n'est plus le moteur principal de la Chine). A quoi bon suivre l'actualite economique sur un site comme la Tribune pour sortir des enormites derriere. C'est navrant.
a écrit le 27/11/2019 à 9:44 :
Si c'est Bloomberg face à Trump il est évident que Trump est réélu, Bloomberg étant de ce vieux monde que Trump a balayé d'un revers de la main, mais si c'est une véritable gauchiste là pas facile de savoir qui gagnera.

Sinon, le meilleur moyen, peut-être le seul d'ailleurs, pour les américains afin de ralentir la croissance économique chinoise est d'imposer une protection de l’environnement leur puissance financière et industrielle leur permettra de bien mieux prendre le virage que les chinois repus au dumping social et à la production de masse de n'importe quoi.
Réponse de le 27/11/2019 à 18:04 :
Je doute que les Démocrates laissent passer un véritable gauchiste. Ce serait renier tout l'appareil du parti. Il ferons comme avec Trump ils présenterons un candidat perdant puis l'accuserons de tous les maux de la création sauf si il fait la politique de l'état profond.
Avant Trump l'UMPS marchait bien aussi aux USA.
Réponse de le 28/11/2019 à 9:06 :
En effet il est plus raisonnable d'attendre du changement de la part de la droite, la preuve avec Trump, que des sociaux démocrates là au final pour que rien en change et ma foi avec succès en Europe du moins !

Trump va donc en reprendre pour 4 ans. Mais un président de la république américaine, sauf exception genre watergate, n'a pas été réélu déjà ? IL me semble que les deux mandants sont devenus monnaie courante.

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