Londres, treize ans après

Avantage à la capitale britannique ou à sa soeur parisienne? Par Pierre-Yves Cossé, ancien commissaire au Plan
(Crédits : DR)

En 2003, j'étais allé voir ma fille, mon gendre et leurs trois enfants à Londres. En 2015, ce sont deux de mes petites filles y résidant, qui m'ont invité à y passer quelques jours. Les voies piétonnes se sont multipliées, les cyclistes plus casqués qu'à Paris, sont plus nombreux mais la circulation à vélo serait dangereuse. Les embouteillages peut-être moins fréquents, alors que la densité des passants dans le centre, de tout pays et de toutes couleurs, a cru. Le métro plus régulier, mieux signalé, est plus propre. Les SDF sont réapparus sur les trottoirs, au moins autour de la gare de Saint Pancras. Si l'immense gare néogothique existait déjà, des boutiques de luxe pour touristes français se sont ouvertes ; avant de prendre l'Eurostar vous pouvez vous offrir un tea party chez Fortnum and Mason.

 Renzo Piano, architecte

Les immeubles de grande hauteur envahissent le paysage. Le Prince de Galles a perdu la partie. Sur la rive Sud, ils s'insèrent plutôt bien dans le tissu urbain. L'attraction est le Shard (l'éclat, l'esquille de verre) gratte-ciel de bureaux et de logements de luxe inauguré en 2012. Renzo Piano est l'architecte des 73 étages, dont la hauteur dépasse 300 mètres. On ne peut nier l'élégance et l'audace architecturale. Il faudrait le visiter pour apprécier la fonctionnalité des appartements les plus élevés.

Il arrive qu'un grand architecte se fasse plaisir au détriment de l'usage, comme c'est le cas de la grande Arche de la Défense. Pourquoi construire aussi haut ? Pour faire comme dans d'autres capitales ? Pour afficher modernité et savoir-faire ? Cette compétition ne serait-elle pas comparable à celle d'adolescents qui flattent leur sexe pour montrer aux copains que leur instrument est le plus gros ? L'intérêt de vivre dans un appartement au soixantième étage est limité ; la vue est superbe mais les turbulences sont telles que l'on vit fenêtres fermées dans l'air conditionné. Il y avait une raison à New-York, la pénurie de terrains qui pouvait justifier les coûts supplémentaires de la grande hauteur. A Londres, ce n'est pas le cas. Cela dit, la Tour Eiffel a été construite à l'occasion d'une exposition universelle, sans que l'on sache à quoi elle pourrait servir. Cette érection se suffisait à elle-même. Sans la ténacité de Gustave Eiffel elle aurait été détruite à l'exposition universelle suivante. Peut-être, le Shard rejoindra t'il le Parlement comme un symbole de la capitale.

Le nouveau City Hall de Norman Foster

Toujours, sur la rive sud, à quelques centaines de mètres, un autre grand architecte, Norman Foster a dessiné le nouveau City Hall. Sa forme comparée à un casque, à un cloporte, à un « testicule de verre » dixit l'ancien maire, ne séduit pas. Ce bulbe, aux proportions relativement modestes (dix étages) a des prétentions écologiques : rendement énergétique et recyclage de la chaleur.

Encore le long de la Tamise, le théâtre du Globe de Shakespeare a été reconstruit à l'identique il y a près de vingt ans et il est très fréquenté.

Un peu plus loin, c'est une ancienne centrale thermique, un bâtiment de briques orné d'une haute tour, heureusement transformée en musée. La Tate Modern existait déjà en 2002, elle est en cours d'agrandissement (2016) dans un esprit de continuité : même revêtement en briques mais ajourées, ce qui devrait donner une impression de moucharabié.

De la rive sud, la vue sur la City est admirable, malheureusement gâchée par la multiplication des gratte-ciels qui défigurent le centre de la ville. Parmi les plus agressifs : le « Cheese Grater (râpe à fromages) » et le « Walkie Talkie ». En allant dans la City, les dégâts apparaîtront dans toute leur ampleur : perspectives gâchées, beaux immeubles du 18 è et du 19 è écrasés par leurs puissants voisins. Le mouvement semble se poursuivre. Le Lloyd 'Building de Richard Rodgers, qui avait été vivement critiqué il y a une trentaine d'années, était somme toute discret et modeste avec ses 95 m de haut.

 Londres plus "cool"

 Le Parisien de passage fait inévitablement des comparaisons. Londres est plus « cool » beaucoup moins de contrôles et de fouilles et plus de décorations pour Noël. J'ai pu passer une demi-journée à la Tate sans la moindre fouille et à l'exposition Goya, les contrôles étaient symboliques. Londres change plus vite : partout des grues. Londres est plus cher (transports notamment) le cours de la livre sterling est haut, mais l'entrée dans les musées publics est gratuite, à la différence des expositions. Celles-ci sont peut-être moins nombreuses qu'à Paris et les queues m'ont semblé moins longues, qu'il s'agisse des portraits de Goya à la National Gallery ou d'Alexandre Calder à la Tate Modern (comparable à celle du Centre Pompidou il y a quelques années)

Londres est en paix et Londres grandit. La comparaison avec sa sœur parisienne est actuellement à son avantage.¨

Pierre-Yves Cossé

Décembre 2015

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Commentaire 1
à écrit le 08/12/2015 à 11:19
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Que de banalités sur Londres, n'importe quel touriste ayant visité la ville durant le week end pourrait écrire ce type d'article. On s'attend à un peu plus d'analyse de la part de l'auteur...

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