Guillaume Rolland : le réveil du prodige ingénieux

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Guillaume Rolland est un représentant emblématique de la French Tech. Il est sûr de lui, humble et enthousiaste.
"Guillaume Rolland est un représentant emblématique de la French Tech. Il est sûr de lui, humble et enthousiaste." (Crédits : DR)
Cet inventeur de 18 ans lance dès ce mercredi la commercialisation de son réveil olfactif avec une campagne de préventes sur KickStarter. Tout en continuant assidûment ses études d'ingénieur.

| Article publié le 1er mai, mis à jour le 27 mai.

Guillaume Rolland est un étudiant comme les autres, ou presque. En première année de formation d'ingénieur à l'Université de technologie de Compiègne (UTC), le jeune homme de 18 ans a préparé le lancement mercredi 27 mai des préventes du Sensorwake, le réveil par diffusion de senteurs qu'il a inventé, sur la plateforme américaine de financement participatif Kickstater.

« L'objectif est d'atteindre 100.000 dollars de précommandes en trente jours. Le réveil accompagné de deux cartouches coûtera 69 dollars pour les 200 premiers contributeurs, et 89 dollars pour les suivants. Nous avons aussi prévu un tarif spécial "famille" pour l'achat de trois réveils, et même de confectionner une senteur sur mesure pour les clients premium qui débourseront 3000 dollars », confie ce jeune homme toujours souriant, qui achève actuellement la rédaction des statuts de sa future entreprise.

Il la cofondera avec Ivan Skybyk, un entrepreneur nantais comme lui, mais « plus expérimenté et plus vieux ». En effet, son futur associé est âgé de... 29 ans.

« Certaines remarques de Guillaume rappellent parfois son jeune âge, que son parcours exceptionnel fait oublier. Il excelle dans l'exercice du "pitch", et sait communiquer son envie. Il poursuit son but avec détermination tout en restant simple et humble, malgré un engouement médiatique qui aurait fait tourner la tête à plus d'un », admire Ivan Skybyk, en soulignant « l'inébranlable optimisme » de Guillaume Rolland.

C'est le quotidien qui inspire ce jeune inventeur. Il a appris le bricolage et la débrouillardise, avec son père et chez les scouts. Chef de troupe, il a insufflé son amour de la technologie au sein des patrouilles, en concevant par exemple une machine équipée d'un clavier et d'un logiciel, pour transmettre en morse et par signaux lumineux un texte tapé en français. Enfant déjà, il démontait ses voitures télécommandées pour en étudier le fonctionnement, et occupait ses vacances par des concours d'ingéniosité avec son cousin.

« Nous avions construit ensemble une cabane chez nos grands-parents, que nous avons améliorée au fil du temps pour pouvoir y manger et y dormir. Après quelques années, c'était un château fort, avec un pont-levis et une tyrolienne. »

L'esprit de compétition chevillé au corps, ils rivalisent de créativité pour s'illustrer dans un concours organisé par le magazine Sciences & Vie Junior.

« Chaque mois, une innovation de lecteur était publiée, je rêvais qu'une des miennes soit retenue. J'ai gagné une première fois en 2010, et à nouveau gagné en 2013 avec une ébauche du réveil. »

Sa première victoire, il l'a obtenue à l'âge de 13 ans, avec le Ti Infuseur, un bras robotique qui optimisait l'infusion d'un sachet de thé en le remuant et en le retirant de la tasse au moment optimal, selon la nature du thé.

« J'ai imaginé cette invention pour ma maman. »

Convaincu qu'il faut « donner du sens à la recherche avec des applications économiquement fiables », il mobilise sa créativité pour « apporter des solutions "pratico-pratiques" dans l'univers de la maison ».

C'est ainsi qu'en 2013, il a gagné avec un ami le concours « Jeunes testeurs » de l'Institut national de la consommation, grâce à leur essai comparatif des serviettes de plage, passant notamment en revue l'adhérence du tissu au sable, le temps de séchage sans oublier le prix : «

Je me suis remémoré mes vacances en famille à Carnac pour élaborer le protocole. »

L'idée du réveil olfactif Sensorwake a elle aussi germé de l'observation d'une réalité concrète :

« Mon père, qui dirige une maison de retraite, m'avait parlé de la difficulté pour les soignants de réveiller les personnes âgées le matin. »

Il a donc fait travailler ses méninges pour imaginer un dispositif capable de tirer les assoupis de leurs rêves avec douceur et sans bruit stressant.

« L'idée d'un réveil par diffusion d'odeur m'est venue rapidement, après quelques jours de réflexion, fin 2013. La réalisation du premier prototype a pris un peu plus de temps », expose avec simplicité l'étudiant-entrepreneur, grand admirateur de Léonard de Vinci.

Alors scolarisé en terminale S au lycée Saint-Josephde-Loquidy à Nantes, il combine les révisions du baccalauréat - qu'il a évidemment obtenu avec la mention « très bien » - et les expériences dans le laboratoire de sciences de l'établissement.

« Je m'y rendais après les cours, pour réaliser mes propres huiles essentielles par hydrodistillation. »

Après plusieurs mois de travail, il présente son réveil olfactif au Concours des jeunes créateurs et inventeurs de Monts (Indre-et-Loire) en mai 2014. Un « simple prototype », dont il a déjà calibré avec précision le bruit sonore émis par la turbine et la distance de propagation du flux d'air, et qui diffuse une senteur de menthe poivrée de sa confection. Il décroche plusieurs prix, ainsi qu'une médaille d'or au Concours Lépine.

D'autres succès suivront. L'Office national de la propriété intellectuelle consacre la technologie - brevetée sur le territoire français - de ses cartouches de senteur, « composées de billes polymères imprégnées sans particules volatiles, ni solvants et entièrement recyclables ».

Il collectionne les trophées, avouant apprécier les coupes volumineuses « comme celle de la Ligue des Champions » en football. En Suisse, sa victoire dans le concours de création d'entreprise « Graines de Boss » lui permet de commencer à s'entourer de mentors prestigieux, « notamment le patron de la banque Julius Bär, et le patron de Sage, qui fournit le logiciel pour gérer les capsules de café Nespresso ». Un modèle économique et une technologie semblables à celle de ses dosettes olfactives, interchangeables et réutilisables 60 fois.

« Avec l'aide des maîtres-parfumeurs de Grasse [Alpes-Maritimes] avec qui je travaille, nous avons déjà confectionné une douzaine de parfums : menthe poivrée, ylangylang, cannelle et thé, senteurs de pêche, croissant chaud, bonbon à la fraise... »

« Un représentant emblématique de la French Tech »

Il propose même de se réveiller avec l'odeur du dollar... Il a d'ailleurs passé une semaine aux États-Unis en septembre dernier, en tant que premier Français sélectionné pour participer à Google Science Fair, un programme consacré aux innovateurs. Ce concours, il ne l'a pas gagné. Mais qu'importe. Il est beau joueur. Et ce nouveau coup de projecteur lui a valu les hommages de la secrétaire d'État au Numérique, Axelle Lemaire.

« Son cabinet m'a contacté pour que je participe au premier "Jeudigital French Tech" [qui rassemble des startup dans un ministère différent chaque mois, ndlr], dès mon retour des États-Unis.

Comme Axelle Lemaire revenait au même moment d'un déplacement à l'étranger, elle m'a proposé de faire le trajet de l'aéroport à Bercy dans sa voiture. À vrai dire, je ne savais pas alors qui elle était », confie Guillaume Rolland.

Depuis, il adresse des comptes-rendus réguliers à la secrétaire d'État au Numérique pour l'informer des progrès de son projet.

« Guillaume Rolland est un représentant emblématique de la French Tech. Il est sûr de lui, humble et enthousiaste. Il transmet d'emblée une énergie positive. Il est créatif, bidouilleur au niveau technique, et aussi très lucide. Il a déjà évalué son marché, le profil de ses clients potentiels, le futur prix de vente.

Il a su s'entourer d'une équipe et de partenaires industriels. Il symbolise la jeunesse désireuse d'entreprendre, car consciente du potentiel économique et d'émancipation qu'offre l'entrepreneuriat », analyse Axelle Lemaire.

Le parcours exceptionnel de Guillaume Rolland suscite la curiosité.

« Lors de notre conférence de presse de rentrée, les journalistes lui ont posé plus de questions qu'à moi, rit Alain Storck, le président de l'UTC. Guillaume est très à l'aise avec la prise de parole dans les médias, même en direct. Il est un phénomène, mais il garde la tête froide. Il est un inventeur génial et normal, qui déjeune au resto U avec ses camarades. Il sait qu'il doit étudier, car il n'a pas encore toutes les compétences. Je pense qu'il fera de nouveau parler de lui d'ici à ce qu'il soit diplômé. »

Guillaume Rolland en a bien l'intention. Dans deux ou trois ans, lui qui revendique l'innovation comme son « blaze » prévoit de lancer un nouvel objet connecté pour la maison.

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>>> Trois questions à Guillaume Rolland, créateur du SensorWake / Propos recueillis par Laurent Lequien

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>> MODE D'EMPLOI

Où le rencontrer ? Là où l'on accède par le rail. « Je voyage souvent entre Compiègne, Paris et Nantes. Sinon, je suis joignable via Twitter, Facebook et Google Hangouts. »

Comment l'aborder ? S'étonner de son âge. « Souvent, on me dit : J'ai un fils (ou un petit frère) de ton âge. Je trouve cette remarque sympathique. Cela montre que l'on peut discuter de choses sérieuses quels que soient l'âge ou l'écart de génération. »

À éviter ! La vulgarité. « Dans certaines émissions à la radio ou à la télé, on a commencé par me demander si l'odeur du pet était disponible pour le Sensorwake. Ces introductions beaufs sont affligeantes. »

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>> TIMELINE

  • Août 1996 Naissance à Nantes.
  • 2010 Remporte une première distinction avec son invention Ti Infuseur
  • 2013 Remporte le concours de l'Institut national de la consommation avec une étude comparative des serviettes de plage.
  • Mai 2014 Avec un prototype de son réveil olfactif, il remporte deux prix à des concours d'inventeurs.
  • Octobre 2014 Commence une formation d'ingénieur à l'UTC.
  • Avril 2015 Finaliste du Prix La Tribune du jeune entrepreneur (#PLTJE)
  • Mai 2015 Dépose les statuts de son entreprise et lance la campagne de préventes du Sensorwake sur Kickstater.

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Commentaires
a écrit le 27/05/2015 à 12:10 :
Bof ! encore une invention à la c.. parmi tant d'autres qui rapporte gros grâce aux pinioufs avides de gadgets. Bonne chance à lui. Passons.
a écrit le 27/05/2015 à 12:04 :
Ingénieux, certes, mais inutile. Quel intérêt de se réveiller le matin avec une senteur chimique? Souhaitons tout de même à ce jeune "géo trouve-tout" un bel avenir.
a écrit le 01/05/2015 à 19:30 :
Nous avons en France beaucoup de jeunes talents comme lui, instruits et très intelligents. Le problème ? La France elle-même. On préfère dans ce pays soutenir à coup de subventions publiques énormes des entreprises rongées par la magouille et l'inefficacité (exemple: les SNCM, SNCF), plutôt que de miser sur des gens comme Guillaume. Résultat ? Les jeunes vont voir ailleurs, après avoir été formés en France.
Réponse de le 04/05/2015 à 17:04 :
totalement d'accord, afin de "gérer" la paix sociale, c'est avancement automatique à la sncf, il y a un cadre pour 3 employés .!! en ensuite ils ne sont pas compétitifs !! la réforme va coûter plus cher qu'elle ne rapporte !! de super gestionnaires nos administratifs ! si une entreprise était géré comme ça, plus aucune vivante !!!
et on entrave lourdement les entrepreneurs, les initiatives..

et donc un exode entre 10 et 30 000 par mois, la 5eme ville de france ... c'est londres..
mais après ces gaspillages et entraves au privé et destruction du pays, on nous culpabilise pour ne pas accueillir assez d'immigrés, pour ne pas assez dépenser en sauvetage des boat people...le peuple ruiné doit aussi cotiser pour la bonne conscience de ces grand bourgeois penseurs bien au chaud...
et si on commençait par prioriser les nôtres boat people qui s'en vont ???...!!
a écrit le 01/05/2015 à 16:06 :
il est déjà américanisé, et pour causes...

j'ai vu un excellent reprorage sur ces créateurs, plein d'idées, mais pas de financement en france..l'ex d'une jeune toute patrone.. qui va aux US et qui a immédiatement 1,5 millions d'euroe, qui embauche 8 personnes et qui voit défiler les entreprises qui adhérent temps réel sur son micro ... un autre idem avec un super projet, qui présente à un parterre d'entrepreneurs dont Niel qui a créé le hangar aux entrepreneurs, mais n'a pas sorti un euro pour ce projet...conclusion de ce jury : vu le manque de financement, allez aux US ...
lamentable, il faut d'urgence que encadrement administratif et politique soit repris par la société civile, ceux qui savent ce que c'est que la vraie vie et ce qu'il faut faire pour accompagner la création d'entreprises et d'emplois..
a écrit le 01/05/2015 à 15:57 :
bravo, mais pour continuer, il faut qu'il apprenne les 11 000 articles du code du travail, qu'il comprenne les dédales administratifs, qu'il assimile les obligations des seuils d'emplois, les régles syndicales, CHSCT, commission d'hygiènes, comité d'entreprise, qu'on le fasse sotiser, imposer, taxer, ... et ensuite il pourra pernser à ses produits, son entreprise...

car on est dans le pays soviétique d'europe...celui qui cultive la haine contre les entreprises..par ceux au chaud qui vivent de la création de richesse des bosseurs...
a écrit le 01/05/2015 à 13:24 :
Il ferait bien de vite quitter la France s'il veut réussir.
Réponse de le 01/05/2015 à 13:49 :
on a besoin d'entrepreneur comme lui
Réponse de le 01/05/2015 à 16:05 :
Le réveil automatique avec odeurs,ça fait vingt ans que je l'expérimente avec Raoul ,mon mari.Et je peux vous dire que ça marche!
Réponse de le 03/05/2015 à 16:11 :
Un inventeur Français est allé s'installer aux USA car c'était là-bas son marché principal. Il a ensuite ouvert un bureau en France. Y a rien de systématique.

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